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Les moai ont-ils pu être déplacés debout, de leur lieu de fabrication jusqu'aux ahu ?

Cette hypothèse est-elle plausible ?

Les moai marchaient ...The moai walked...

 

Ó Jean Hervé Daude

Extrait des livres : 

Île de Pâques - Guerre de clans et chute des moai  (JHD, Québec, 2012)

Île de Pâques - Déplacement et édification des moai  (JHD,  Québec, 2012)

 

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Comment les habitants de l’Île de Pâques, les Pascuans, ont-ils réussi à déplacer les moai, ces fameuses statues de pierres pesant plusieurs tonnes ?  Cette question a fait l’objet de bien des spéculations depuis la découverte de l’Île en 1722. Plusieurs explorateurs et chercheurs ont proposé des solutions parfois simples, d’autre fois bien plus complexes, dépassant de loin ce à quoi l’on pourrait s’attendre de la part d’une petite population isolée et sans outils élaborés.

Récemment, des chercheurs ont affirmé avoir trouvé la solution : les statues auraient « marché » jusqu’à leur lieu de destination. Dans un livre intitulé Les statues qui marchaient, Terry Hunt et Carl Lipo ne voient en effet pas d’autres solutions pour expliquer pourquoi la moitié des moai ne seraient jamais arrivés à leur destination.  En effet, selon ces deux chercheurs la moitié des moai acheminés vers les plates-formes, appelées ahu, auraient été brisés en cours de route lors de ce transport.

Qu’en est-il réellement ?

 

S’agit-il vraiment d’une nouvelle hypothèse ?  Les moai ont-ils pu être déplacés en position debout ? La tradition orale est-elle effectivement à l’effet que les moai ont été déplacés debout ? Les moai retrouvés gisant à terre le long des chemins sont-ils des moai brisés durant leur transport ?

 

Une méthode de transport déjà testée par le passé

Selon ces deux auteurs, les moai auraient été transportés debout uniquement à l’aide de cordages contrôlés par des Pascuans constitués en plusieurs petites équipes. Selon la démonstration qu’ils ont effectuée, en exerçant une traction de manière alternée à l’aide de cordages, il est effectivement possible de faire pencher légèrement le moai en même temps qu’une équipe exerce une traction sur une des cordes afin de le faire pivoter de manière à ce qu’il se déplace tranquillement vers l’avant.

Si techniquement de petits moai peuvent effectivement être déplacés selon ce procédé dans des conditions idéales, c’est-à-dire sur un terrain plat et sans obstacle, il semble cependant, à première vue, impossible que ce procédé puisse s’appliquer aux moai de plus grandes dimensions, qui plus est, en terrain accidenté et comportant parfois des pentes abruptes.

Tenter de déplacer des moai en position debout n’est pas nouveau en soi. En effet, un tel déplacement à la verticale, effectué uniquement à l’aide de cordages, a déjà été essayé avec succès en 1986 par Thor Heyerdahl suite à la suggestion du Tchécoslovaque Pavel Pavel.

En effet Pavel Pavel était particulièrement intéressé par les techniques utilisées par les anciens tailleurs de pierre pour manœuvrer et redresser les statues. En 1982, en , il fabriqua une statue de 12 tonnes en béton et parvint à la déplacer debout, uniquement à l’aide de cordages et d’une petite équipe bien entraînée. Fier de son succès, il contacta Thor Heyerdahl pour lui faire part de cette méthode possible pour le transport des moai. Heyerdahl l’accueillit au sein de son expédition à l'Île de Pâques en 1986 où l’expérience fut reprise avec succès.

Cette expérience n’est donc pas nouvelle en soi. Quoi qu’il en soit, il est intéressant d’approfondir la question afin de tenter de connaître la méthode de déplacement des moai qui aurait pu être effectivement utilisée par les Pascuans.

Ce n’est pas parce qu’une technique ou une autre permet de déplacer des moai qu’automatiquement les anciens Pascuans l’ont utilisé. Certaines considérations étaient fort probablement primordiales pour le transport des moai, et ce sont ces considérations qui doivent nous guider vers le choix de la technique qui aurait pu être effectivement employée par les Pascuans.

Quoi qu’il en soit, essayons de vérifier si cette méthode de déplacement des moai aurait pu être effectivement utilisée par les Pascuans.

 

Une méthode de transport peu efficace

Ainsi, Hunt et Lipo, reprenant donc l’hypothèse de Pavel Pavel, croient que les moai auraient été déplacés debout et que le grand nombre de moai gisant au sol le long des chemins de transport s’expliquerait par le fait qu’ils aient été brisés en cours de route lors d’accidents de parcours.

Le moins que l’on puisse dire de cette méthode de transport est qu’elle n’aurait pas été très efficace. À croire que les Pascuans n’étaient vraiment pas très ingénieux pour se contenter d’utiliser aussi inefficacement la même méthode, année après année, durant plus d’un siècle, méthode qui semblait vraiment comporter de grands risques.

Pourtant, tout au contraire, plusieurs réalisations des Pascuans nous démontrent qu’ils étaient particulièrement ingénieux.

 

Des oeuvres précieuses

À force de travail et de détermination, au bout d’un certain laps de temps, les moai finissaient par prendre forme dans l’atelier du volcan Rano Raraku. Souvent différents problèmes surgissaient en cours de route, ainsi parfois quelques ouvrages furent abandonnés en cours d’exécution et durent être recommencés du fait que la pierre comportait certains défauts qui faisait en sorte qu’il était impossible de terminer la sculpture du moai, en retardant ainsi d’autant sa livraison.

Une fois cette œuvre précieuse réalisée, l’objectif le plus important pour les Pascuans était de l’amener à bon port et de le dresser sur son ahu sans encombre. Comme les sculpteurs étaient organisés en confrérie et qu’ils étaient rétribués en nourriture pour leur travail, il devait être impératif que le moai parvienne à bon port sans encombre, sinon des délais et une quantité considérable de nourriture additionnelle comme rétribution se seraient ajoutés pour mener à bien cette commande.

Sculptés dans du tuf volcanique, une matière très friable, les moai étaient particulièrement fragiles. Bien qu’étant constitués d’une pierre assez légère, les moai n’en constituaient pas moins d’énormes masses à bouger, leur déplacement a donc dû nécessiter beaucoup de précautions pour ne pas les abîmer ou les briser en cours de route.

L’objectif principal des Pascuans était donc, logiquement, de déplacer le moai jusqu’à son ahu en utilisant une méthode simple, mais surtout la plus sécuritaire possible.

Un transport debout aurait été très risqué en raison des risques de chutes et donc de bris du moai. Il aurait en effet suffit de la rupture d’une corde, du trébuchement d’une des équipes, ou tout simplement d’une trop grande traction sur une des cordes pour faire chuter le moai et occasionner des dégâts irréparables. Qui plus est, le simple fait d’endommager des parties qui dépassaient du corps, tel les oreilles, le nez ou le menton aurait suffit à le rendre complètement inutilisable.

Dans ce contexte, comment croire alors que les Pascuans aient privilégié une méthode de transport tellement risquée, qu’un moai sur deux ne se serait pas rendu à destination, et ce, sur plus d’une centaine d’année, sans qu’ils aient envisagé une autre méthode ?

Nous croyons qu’une toute autre explication s’impose.

 

Plusieurs bribes différentes de la tradition orale

Pour évaluer la crédibilité d’une bribe de la tradition orale, il faut la considérer globalement et évaluer sa cohérence et son réalisme. Or, la bribe de tradition orale rapportée par les auteurs de ce livre est largement incomplète.

Nous verrons dans une étude à paraître prochainement, l’origine de cette tradition orale rocambolesque concernant les moai qui marchaient, ainsi que sa signification.

La tradition orale des Pascuans, transmise d’une génération à l’autre, et obtenues par les premiers explorateurs contient des informations très diverses provenant des descendants de l’un ou l’autre des peuples présents sur l’Île. Quelquefois cette tradition rapporte des événements ou des manières de faire de façon complètement rocambolesque, comme la bribe de tradition orale précédemment citée. D’autre fois, cependant, les informations sont précises, cohérentes et surtout très logiques.

Il est certes beaucoup plus spectaculaire d’imaginer que les moai ont pu être déplacés en position debout, en les faisant pivoter d’un côté et de l’autre. C’est cependant sur les ahu que les Pascuans désiraient que la mise en scène soit spectaculaire afin d’honorer comme il se doit les personnages importants de leur clan. Pour y parvenir, il était donc pour eux impératif que les moai s’y rendent de la manière la plus sécuritaire possible.

 

Une toute nouvelle étude à paraître :

 Île de Pâques - Déplacement et édification des moai

 


 

J H Daude

 

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