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Ó Jean Hervé Daude

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Une statuette de l'Île de Pâques figurant l'Homme oiseau présente des caractéristiques précises du condor des Andes.

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N. B. Les analyses et les photographies présentées dans cette section sont sous droits d'auteur et proviennent des livres publiés par Jean Hervé Daude.

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Une des traditions les plus étonnantes de l'île de Pâques concerne le rite de l'Homme-oiseau. Ce rite s'accomplissait lors du retour annuel, au printemps, d'un oiseau migrateur, une hirondelle de mer appelée Manutara.

Hirondelle de mer appelée Manutara par les Pascuans

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Pour ce grand événement, une partie de la population de l'Île se réunissait au petit village d'Orongo situé sur un des flancs du volcan Rano Kau. Chaque clan influent de l'île était représenté par un concurrent, nommé " hopu ", qui devait réussir à trouver, le premier, un œuf de Manutara.

Le parcours que les concurrents devaient suivre était parsemé d'embûches. Partant du village d'Orongo, les concurrents devaient dévaler en vitesse le flanc du volcan, gagner à la nage l'îlot Motu Nui situé à plus d'un kilomètre de l'île de Pâques et réussir à grimper les récifs malgré les fortes vagues qui les fouettent.

Ayant abordé l'îlot, logés dans une grotte, ils leur fallaient parfois attendre pendant des semaines la ponte des œufs. Le concurrent qui avait trouvé, le premier, un œuf, clamait la nouvelle et devait revenir sur l'Île le remettre à son chef de clan qui devenait alors le nouvel Homme-oiseau ou " Tangata Manu ".

Sur des rochers d'Orongo, de nombreux pétroglyphes, mystérieux dessins gravés dans la pierre, représentent l'Homme-oiseau. Bien qu'à l'occasion l'Homme-oiseau représenté sur ces pétroglyphes tienne un œuf dans sa main, aucun élément de ces dessins ne rappelle le Manutara, tout au plus est-il possible d'y reconnaître une tête d'oiseau.

 

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Pétroglyphe représentant l'Homme-oiseau

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Henri Lavachery, membre de l'expédition Franco-belge de 1934, avait entrepris, le premier, de faire un relevé de tous les pétroglyphes de l'Île de Pâques. Il possédait une bonne formation scientifique, et un sens artistique très aiguisé. Il avait noté que certaines représentations d'Homme-oiseau comportaient souvent de drôles de becs, et si dans certains cas, il croyait être en présence de becs de manutara mal dessinés, dans d'autres cas, il n'hésitait cependant pas à affirmer :

" (…) il faut bien nous résoudre à y trouver une tentative pour représenter la tête d'un autre oiseau."

De toute évidence, Lavachery avait des doutes sur l'identité de l'oiseau représenté sur les pétroglyphes d'Hommes-oiseaux. D'après lui, il ne pouvait s'agir de l'hirondelle de mer.

À Orongo, où étaient conservés les symboles les plus sacrés concernant les cérémonies du rite de l’Homme-oiseau, fut retrouvée par l’expédition de Katherine Routledge, une pierre gravée d’un pétroglyphe représentant l'Homme-oiseau.

 

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Pétroglyphe représentant l'Homme-oiseau tenant un oeuf dans sa main

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Ce pétroglyphe, relativement détaillé et particulièrement expressif nous apporte un éclairage sur la véritable identité de l’oiseau utilisé dans le symbolisme servant à représenter l’Homme-oiseau.

Ce pétroglyphe ne rappelle en rien la délicate hirondelle de mer. En effet, dès le premier regard, cette représentation d’Homme-oiseau  nous rappelle plutôt un rapace charognard en position de repos. Cet Homme-oiseau dégage de manière bien caractéristique un air de gravité sombre et sinistre. Ses traits grossièrement exagérés, notamment, son crâne nu et aplati, son bec puissant, son œil malin et ses serres acérées caractérisent bien plus un vautour que la délicate hirondelle de mer ou même la frégate.

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Vautour à l'affût

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D'autres représentations de l'Homme-oiseau nous sont aussi parvenues. En effet, les Hommes-oiseaux une fois consacrés portaient sur eux des statuettes de bois représentant l'Homme-oiseau. Ces sculptures en bois, contrairement aux pétroglyphes sommairement gravés sur la pierre, présentent beaucoup plus de détails.

Une de ces statuettes conservée au Musée d'Anthropologie et d'Ethnologie de Saint-Petersbourg présente un travail soigné et affiche beaucoup de détails dont les caractéristiques sont vraiment très originales. Il s'agit d'une statuette moitié homme et moitié oiseau. Ses pieds, ses jambes, son sexe très apparent et son ventre ballonné sont des caractéristiques du corps humain. Cependant, sa tête, sa queue et ses ailes, dont on aperçoit le détail des dernières plumes ou rémiges, sont caractéristiques d'un oiseau.

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Statuette  pascuane représentant l'Homme-oiseau

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De toute évidence, tout comme dans le cas des pétroglyphes d'Homme-oiseau, aucun élément dans cette statuette ne permet de reconnaître le Manutara. En effet, la queue de l'oiseau représenté sur cette statuette est arrondie au lieu d'être formée de deux pointes en forme de " V " inversé caractéristique du Manutara. Son bec très massif, fortement recourbé à son extrémité, présente une très curieuse protubérance sur le dessus, alors que le Manutara possède un bec long et effilé et ne présente en aucun cas ce genre de protubérance. Le Manutara a un cou mince alors que le cou de l'oiseau représenté sur cette statuette à un genre de renflement. D'intrigants bourrelets massifs débutant au-dessus des yeux se terminent au début du cou. Sur ces bourrelets sont dessinées de petites lignes suggérant des plis, ce qui n'est pas non plus une caractéristique du Manutara.

Il est donc parfaitement évident que cette statuette d'Homme-oiseau ne possède aucune des caractéristiques du Manutara.

Si cette statuette ne représente pas le Manutara, quel étrange oiseau le sculpteur de cette statuette a t-il bien pu vouloir représenter ?

On s'aperçoit, lorsque l'on regarde cette statuette de face, qu'el le ne dégage en rien un air innocent. Tout aussi étrangement que le pétroglyphe d'Orongo, elle affiche plutôt l'air lugubre d'un vautour.

Selon nous, il n'existe qu'un seul oiseau dont les caractéristiques physiques correspondent à la partie oiseau de cette statuette, il s'agit d'un vautour : le condor des Andes.

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Condor des Andes

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En effet, la queue du condor des Andes est arrondie et les rémiges de ses ailes sont bien distinguées l'une de l'autre. Sa tête est complètement dénudée et un peu aplatie. Son bec très robuste, recourbé à son extrémité, est conçu suffisamment puissant pour arracher des morceaux de chair aux carcasses de mammifères de grande taille. La base de son cou présente un collier de duvet blanc très fourni qui donne l'apparence d'un renflement de plumes gonflées et ébouriffées. Mais surtout, le mâle de cette espèce de vautour possède des caractéristiques vraiment très particulières: son bec est en effet surmonté d'une crête charnue qui prend naissance aux narines et va jusqu'à la tête. Aussi, des excroissances de peau très caractéristiques, appelées caroncules lobées, genre de replis de peau que cet oiseau peut faire gonfler à volonté, contournent les yeux et se dirigent vers le cou.

Selon nous, de toutes évidences, la partie oiseau de cette statuette d'Homme-oiseau, représente un condor des Andes.

Il nous apparaît maintenant bien évident que les transformations que le chef de clan, une fois consacré Homme-oiseau, devait opérer sur son corps avaient pour but ultime de le transformer de façon à ressembler le plus possible à un condor des Andes. En effet, on lui rasait le crâne, les sourcils et les cils de manière à ce qu'il ait toute la peau de la tête à nue, tout comme le condor des Andes. Il devait aussi se laisser pousser les ongles afin qu'ils ressemblent aux ramiges des ailes du condor. Finalement, son corps était peint aux couleurs du condor.

Or, le condor des Andes est inconnu à l'Île de Pâques, de même que dans toute la Polynésie. En effet, son habitat se situe exclusivement dans les Andes, à plus de 4 000 kilomètres à l'est de l'Île de Pâques, par delà l'Océan. Il vit dans les montagnes à une altitude beaucoup plus élevée que celle que l'on peut retrouver à l'Île de Pâques, soit à plus de 4 000 mètres d'altitude.

Comment alors expliquer ce rapprochement entre le rite de l'Homme-oiseau à l'Île de Pâques et le condor des Andes ?

Nous croyons que le rite de l'Homme-oiseau est l'une des nombreuses autres preuves de la venue d'Incas sur l'Île de Pâques.

Sous le règne des Incas, les différents clans possédaient un animal totem, tel le puma, le singe et le condor, qu'ils considéraient comme étant leur ancêtre.

Parmi tous les animaux utilisés comme animal totem par les Incas, le condor des Andes, le plus grand oiseau volant au monde, avait une importance particulière. Il s'agissait pour eux d'un animal mythique auquel ils vouaient respect et admiration. Le condor des Andes était un symbole associé à la fertilité en général. Il était aussi considéré comme le messager du dieu Soleil et il était même représenté sur le sceptre de l'Inca suprême. Lors de certaines cérémonies religieuses incas, des personnes se couvraient la tête et le corps de la dépouille d'un condor, honorant ainsi celui qu'ils considéraient comme l'ancêtre fondateur de leur clan. Le condor des Andes était aussi l'animal totem des Orejones, la garde d'élite de l'Inca suprême.

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Poteries sur lesquelles est figuré le condor des Andes

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Représentations de l'Homme-oiseau de la côte ouest sud-américaine

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Nous insistons sur le fait que le rite de l'Homme-oiseau et les représentations d'Homme-oiseau ne sont pas typique du reste de la Polynésie, alors que les représentations mi-homme, mi-oiseaux, et les fêtes associées au culte du condor sont, tout au contraire, très courantes dans les Andes.

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