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Ó Jean Hervé Daude

 

Sillustani

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L'utilisation de rampes pour acheminer des pierres en hauteur lors de la construction des chullpas

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N. B. Les analyses et les photographies présentées dans cette section sont sous droits d'auteur et proviennent des livres publiés par Jean Hervé Daude.

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Un système de rampes semblable à celui employé pour acheminer des pierres en hauteur lors de la construction des chullpas de Sillustani aurait été utilisé à l'île de Pâques pour placer des couvres-chefs, appelés pukao, sur la tête des grandes statues de pierres, les moai. 

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Une rampe de pierres appuyée contre une chullpas de Sillustani

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Bien que fabriquées de manière très rustique ces rampes étaient extrêmement bien construites. Les côtés positionnés presque à la verticale démontrent que les pierres ont été disposées avec soins afin que le tout soit très stable et solide. Le dessus de cette rampe est constitué de grosses pierres plates, formant une pente régulière et bien droite sur laquelle étaient hâlées les grosses pierres.

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En comparant la pente de cette rampe avec le trait rouge, on peut constater que celle-ci est bien droite et régulière. 

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À l'Île de Pâques

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.Redressement d'un moai par l'expédition de Thor Heyerdahl (photo Heyerdahl)

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Particulièrement intrigués par les imposants moai, les premiers explorateurs avaient déjà, lors de leur passage, émis des suggestions pour tenter d’expliquer comment les Pascuans avaient pu les ériger sur les ahu. Ainsi, le capitaine Cook prenant pour acquis que les moai avaient été transportés en position couchée, imaginait que pour les ériger, il aurait été possible d’élever petit à petit l’extrémité où était située la tête en la soutenant avec des pierres au fur et à mesure que le moai se redressait jusqu’à ce qu’il soit presque complètement debout.

Cook fut donc le premier à suggérer une méthode que les Pascuans auraient pu utiliser pour redresser les moai sur les ahu. 

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Pedro Atan avait mentionné à Heyerdahl qu’il était en mesure de redresser un moai. Heyerdahl, incrédule, avait alors choisi un moai intact gisant au pied d’un ahu pour que Atan puisse faire son essai. Celui-ci, avec l’aide de quelques Pascuans, aurait spontanément utilisé la méthode suggérée par Cook et de La Pérouse pour redresser le moai. Cette  méthode très simple et demandant peu de matériaux fit ses preuves, car Atan réussit effectivement à redresser le moai et à le faire tenir debout.

Les moai auraient donc pu être redressés en position debout à l’aide de ce système simple et ingénieux.

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Île de Pâques - L'empreinte des Incas, JHD, 2009 et 2013, pp. 185 et suivantes

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Les techniques utilisées par les Incas pour déplacer les imposants blocs de pierre nécessaires à la construction de leurs différents édifices ont fort bien pu être aussi utilisées sur l’Île de Pâques. Aussi le système de rampes employé pour grimper les gros blocs de pierre afin de construire les chullpas a peut-être été utilisé pour la mise en place des couvres-chefs appelés pukao qu’il fallait placer sur la tête des moai, d’autant plus que le système d’entassement des petits cailloux utilisé pour redresser les moai fournissait déjà la base d’une telle rampe.

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Île de Pâques - L'empreinte des Incas, JHD, 2009 et 2013, p. 103  

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Moai de l'Île de Pâques avec un pukao sur la tête

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On peut facilement concevoir que le transport des pukao fut chose facile, leur forme arrondie permettant de les faire rouler. Par précaution, il suffisait de prévoir une épaisseur supplémentaire, si la surface du pukao subissait quelques dommages durant le transport, une fois rendu sur place, il aurait alors été possible de terminer l’œuvre en enlevant cette couche supplémentaire endommagée. Notons qu’aucun des pukao, retrouvés abandonnés en chemin autour de Puna Pau, n’était taillé selon sa forme définitive, ce qui va dans le sens de cette suggestion à l’effet que la forme définitive des pukao leur aurait été donnée juste avant de les placer au-dessus de la tête des moai.

Non seulement ériger les moai sur les ahu représentait un effort considérable, mais en plus les Pascuans leur ajoutaient parfois ce pukao sur la tête. Comment pouvaient-ils bien s’y prendre pour aller porter ce gros cylindre, parfois jusqu’à dix mètres de hauteur.

Plusieurs méthodes ont été proposées pour la mise en place des pukao. Certains chercheurs ont suggéré que le pukao aurait pu être attaché à la tête  du moai dès le départ lorsqu’il était en position couché. Une fois le moai redressé, le pukao se serait retrouvé automatiquement dans la bonne position. Il est cependant difficile de croire un seul instant qu’en plus de redresser l’énorme masse que constituait un moai, les Pascuans lui auraient ajouté ce poids considérable, qui plus est, complètement à l’extrémité qui devait être levée au plus haut. Une telle méthode aurait multiplié de beaucoup les efforts nécessaires à la mise en place du moai, de plus, l’ajout de cette masse au sommet de sa tête aurait rendu son édification encore plus périlleuse, puisque son centre de gravité aurait été déplacé beaucoup plus haut.

 

Des rampes de pierres

C’est une toute autre méthode qui semble avoir été utilisée. Métraux rapporte qu’il a recueilli des informations à l’effet que :  « Les cylindres en tuf rouge étaient roulés le long d’un plan incliné, fait de pierres et de blocs accumulés. ».

Les pukao auraient donc été mis en place sur la tête des moai à l’aide de rampes de pierres empilées près de ceux-ci. Nous avons vu que, selon la méthode des petites pierres utilisée pour redresser un moai, il restait sur place, après le travail effectué, une rampe presque aussi haute que le moai. Nous avons vu aussi que des vestiges de ces rampes de pierre ont été aperçus par des explorateurs.

Il est très probable que les pierres entassées à côté des moai lors de leur redressement aient été utilisées pour la mise en place des pukao. Ces rampes étant déjà disponibles, il n’était donc pas nécessaire de les construire.

Tout en utilisant toujours cette rampe de petites pierres, plusieurs méthodes pour déplacer le pukao jusqu’au sommet du moai ont été recueillies par Englert.

 Ainsi, le Pascuan Carlos Teao Tori a rapporté :

 “This is what my maternal grandfather told me: In order to put a hat on a moai, they had to pile up stones. Then they tumbled the hat on top of these stones until it got up to the top of the moai. Using a stretcher made of thick sticks, they made it fit onto the head. Later, they took the pile apart, took away the stones, and left them for the ahu.”.

 « C'est ce que mon grand-père maternel m'a dit: Afin de mettre un chapeau sur un moai, ils ont dû empiler des pierres. Ensuite, ils ont poussé, hissé le chapeau sur le dessus de ces pierres jusqu'à ce qu'il soit au-dessus du moai. En utilisant un brancard fait de gros bâtons, ils l’ont ajusté à la tête. Plus tard, ils ont défait le tas à part et ont emporté les pierres, et les ont laissés pour le ahu. »

 Une Pascuane, du nom de  Mariana Atûn,  a rapporté de son côté que :

 “Old man Huhu Kahu told my mother: In order to put a hat on the head of a moai, the men piled up stones and threw the hat on top of the stones. They dragged the hat until it reached the head.”.

« Un Vieil homme Huhu Kahu dit à ma mère: Afin de mettre un chapeau sur la tête d'un moai, les hommes ont entassé des pierres et jeté le chapeau sur le dessus des pierres. Ils ont traîné le chapeau jusqu'à ce qu'il atteigne la tête. ».

Et, finalement, Santiago Pakarati aurait appris par un dénommé Veriamo que :

“A moai's hat was put on like this: They piled up stones and lifted the hat little by little until they got it above the head. They tied it with thick rope made from mahute fibers so that it would not fall over the other side. That is how they finally got it on  top.

« Un chapeau de moai était mis de la façon suivante: Ils entassaient des pierres et levaient le chapeau petit à petit jusqu'à ce qu'ils le placent au-dessus de la tête. Ils l’attachaient avec une corde épaisse à base de fibres mahute de sorte qu'il ne tombe pas de l'autre côté. Voilà comment ils l’ont finalement obtenu sur le dessus. ».

Englert de préciser que les trois Pascuans qui ont fourni ces bribes de tradition : Tori, Huhu Kahu, et Veriamo, sont nés avant l’année 1850, soit avant la fin de ce qu’il considère être l'ère ancienne de l'Île.

Le fait que trois Pascuans qui, de par leur âge avancé étaient davantage au courant de l’histoire ancienne de l’Île, rapportent la même version concernant une méthode à la fois simple et logique pour mettre en place les pukao, rend d’autant plus crédible le fait que cette méthode aurait effectivement était utilisée.

Que les Pascuans aient utilisé une rampe de pierre afin de pouvoir traîner le pukao jusqu’au sommet de la tête du moai semble d’autant plus plausible qu’une telle rampe était déjà en place suite à l’édification des moai et qu’il n’était pas nécessaire de la construire. La pente de cette rampe étant abrupte, le pukao n’aurait probablement pas été roulé, mais bien plutôt traîné. De cette manière il aurait été dans une position plus stable et risquait beaucoup moins de reculer ou de tomber de la rampe, ce qui présentait donc beaucoup moins de risques.

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Île de Pâques - Le transport et l'édification des moai, JHD, 2013, pp. 195 et suivantes.

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Nous soulignons qu'il n'a jamais été rapporté dans le reste de la Polynésie que de telles rampes aient pu servir pour disposer des pierres en hauteur. Cependant, dans les Andes, ce procédé semble avoir été largement utilisé pour plusieurs types de construction.

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