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Île de Pâques :

Les marchands de rêves

..Pour certains auteurs en particulier, proposer que l'Île de Pâques aurait subit une influence extérieure qui expliquerait son essor culturel phénoménal constituerait " une négation absolue du talent des micros sociétés polynésiennes ".

 

Ó Jean Hervé Daude

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Pour la vaste majorité des auteurs qui s'intéressent à l'histoire de l'Île de Pâques, le fait qu'une poignée de Polynésiens y soit parvenue serait le fruit du plus grand des hasards. Considérant que la découverte de cette île complètement perdue dans l'immensité de l'océan Pacifique était particulièrement improbable, pour ces personnes, cette colonisation est déjà un événement extraordinaire en soi. Selon eux, évidemment, cette Île n'aurait été colonisée qu'une seule fois.

 

Il n'y aurait donc eu qu'une seule et unique colonisation et l'Île serait restée isolée du reste du monde jusqu'à ce que Jacob Roggeveen y aborde. L'Île de Pâques n'aurait conséquemment, en aucun cas, pu subir une influence extérieure et pour cette raison, tout ce qui est le moindrement important sur cette Île devrait être conforme à ce que nous connaissons du monde polynésien.

 

Cependant, il est pour le moins paradoxal que certaines des réalisations des Pascuans puissent égaler celles de grandes civilisations, alors qu'il s'agit d'une petite île isolée, peu peuplée et disposant de peu de ressources.

 

Ces auteurs considèrent que l'Île de Pâques fait exception à nos idées préconçues à l'effet qu'une civilisation avec peu de moyens et de ressources ne peut accomplir de grandes œuvres artistiques et architecturales, et ne peut élaborer une culture religieuse complexe.

 

En effet, selon la thèse la plus largement répandue : les habitants de l'Île de Pâques, confinés sur un territoire minuscule, dans un long et extrême isolement, auraient connu un essor culturel unique et original et donc très distinct du reste de la Polynésie. Un petit nombre de Polynésiens serait arrivé et aurait prospéré pendant plusieurs centaines d'années sans aucun contact avec quelque autre groupe humain que ce soit. Les Pascuans auraient ainsi, malgré des conditions extrêmes, connu un essor phénoménal dans une grande variété de domaines culturels, et ce, dans un court laps de temps.

 

Bien qu'il soit généralement reconnu que le développement d'un tel niveau culturel nécessite une civilisation disposant d'un grand bassin de population et présentant un minimum de complexité, l'Île de Pâques fut pourtant considérée comme un cas d'exception dans l'histoire de l'humanité et fut même qualifiée de " miracle " par l'ethnologue Alfred Métraux …

 

Aujourd'hui encore, plusieurs auteurs considèrent que la culture pascuane constituerait l'un des processus les plus fascinants de l'histoire de l'humanité, puisque reposant sur un paradoxe : l'émergence d'une société complexe, alors que les Pascuans, peu nombreux et aux ressources limitées, auraient vécu dans un extrême isolement.

 

Nous avons cependant pu voir, dans une précédente étude, que l'Île de Pâques aurait subit une influence extérieure substantielle qui expliquerait bien plus cet essor culturel apparemment phénoménal. Cette petite population aux ressources très limitées n'aurait donc pas, du fait de son isolement extrême, développé un niveau de culture hors norme, dont notamment, l'acquisition des connaissances et du savoir-faire nécessaire afin de construire des monuments spectaculaires dignes d'une grande civilisation. Cette idée que l'Île de Pâques constituerait un cas d'exception dans l'histoire de l'humanité, bien qu'elle ait pu en séduire plus d'un, serait donc erronée.

 

Pour certains auteurs en particulier, proposer que l'Île de Pâques aurait subit une influence extérieure qui expliquerait son essor culturel phénoménal constituerait " une négation absolue du talent des micros sociétés polynésiennes ". Ces auteurs oublient cependant une chose fondamentale : ce sont les Pascuans eux-mêmes qui ont mentionné que des personnes d'un autre peuple, arrivées après les premiers colonisateurs, seraient les instigateurs des moai. Il s'agit aussi des mêmes auteurs qui qualifient d'extraordinaire l'invention d'une écriture sur l'Île de Pâques. Or, de tous temps les Pascuans ont aussi affirmé que le premier roi colonisateur serait arrivé avec des tablettes Rongo-rongo et la connaissance du langage écrit. Ce langage écrit n'aurait donc pas été inventé sur l'Île de Pâques.

 

Le moins que l'on puisse dire de ces auteurs est qu'ils ne veulent absolument pas tenir compte de ce que les Pascuans ont voulu nous apprendre concernant leur histoire. Il s'agirait donc, en quelque sorte, de leur part, de la : " négation absolue de la mémoire ancestrale d'un peuple ". Ces auteurs se contentent d'émettre des idées séduisantes sans aucun fondement. Il s'agit de marchands de rêves qui prennent leurs propres désirs pour des réalités. Un problème de taille se pose cependant lorsqu'ils occupent des postes clés dans la diffusion de la connaissance de certains organismes, car leurs rêveries, peu scientifiques s'il s'en faut, retardent d'autant la véritable connaissance de l'histoire de l'Île de Pâques.

 

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