Quelques précisions et rectifications  concernant certaines affirmations contenues dans le catalogue de l'exposition

 

 

 

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Liens entre Rapa Nui et Rapa Iti

 

À la page 14, une citation de Pierre Loti mentionne que : 

 

"D'après la tradition de leurs vieillards, ils seraient partis, il y a quelques siècles, de l'île océanienne la plus avancée vers l'est, d'une certaine île de Rapa qui existe bien réellement et s'appelle encore ainsi. Et c'est en mémoire de cette très lointaine patrie qu'ils auraient nommé leur nouvelle terre : Rapa Nui (La grande Rapa)."

 

Les auteurs du catalogue de conclure : 

 

"Julien Viaud (Pierre Loti) se laisse ici tromper sur plusieurs points par la tradition orale : le parcours exact suivi par les premiers Polynésiens a avoir débarqué à Rapa Nui n'est pas connu, c'est vers l'an mil (voir un peu avant) qu'ils arrivèrent, et ce n'est qu'au 19e siècle que l'Île de Pâques fut désignée Rapa Nui à cause de sa ressemblance avec Rapa Iti."

 

 

Or, si effectivement le parcours des premiers  colonisateurs est pour l'instant l'objet de bien des spéculations, il n'en demeure pas moins que l'Île de Pâques (Rapa Nui) présente des analogies exclusives et pour le moins troublantes avec l'île de Rapa (Rapa Iti), qui n'ont rien à voir avec une quelconque ressemblance entre ces deux îles. Ces analogies ont d'ailleurs été soulignées par Thor Heyerdahl, et même aussi par Alfred Métraux. Si les Pascuans ont jugé bon de nommer leur île Rapa Nui dans une période récente,  pour se distinguer de cette île considérée comme ancestrale, c'est que le nom de cette dernière  a été modifié à une époque récente en Rapa Iti, puisque anciennement, elle s'appelait Oparo. 

 

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La patate douce

 

C'est une réelle surprise, de retrouver à la page 26 du catalogue, une affirmation à l'effet que :  "Rapportée de l'Amérique du Sud par des Polynésiens la patate douce (kumara) fournit des tubercules riches en amidon."

 

En effet, une controverse existe de très longue date, à savoir, si ce sont des Polynésiens qui seraient allés jusqu'en Amérique du sud et en auraient rapporté la patate douce, ou bien si des Sud-Américains seraient allés en Polynésie et auraient emporté avec eux, tout comme les Polynésiens le faisaient lors de leurs déplacements, des végétaux indispensables à leur survie.  Cette  controverse n'est pas réglée et ne le sera probablement jamais, car les deux possibilités sont extrêmement plausibles et se sont peut-être même produites. Par ailleurs, aucune preuve matérielle ne semble être à même de pouvoir trancher ce genre de question.

 

Il est donc pour le moins étonnant que l'on affirme tout bonnement comme une vérité scientifique, que ce sont les Polynésiens qui sont allés jusqu'en Amérique et en ont rapporté la patate douce, alors qu'aucune preuve quelconque n'existe à ce sujet, et qu'en plus cette hypothèse est controversée.

 

Fait à noter, une autre plante sud-américaine:  le maïs, aurait été présente sur l'Île de Pâques. 

 

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Le visage des moaï

 

À la page 47, une citation de Pierre Loti nous rappelle que le visage des moaï a toujours fortement intrigué les explorateurs et visiteurs de l'Île. En effet, les caractéristiques de ces visages ne rappellent en rien le visage des Pascuans, ni même celui des Polynésiens en général. 

 

En parlant des moaï, Pierre Loti qui avait rencontré de nombreux Pascuans, s'exprimait pourtant ainsi avec étonnement :

 

" (...) de quelle race humaine représentent-ils le type, avec leur nez à pointe relevé et leurs lèvres minces, qui s'avancent en une moue de dédain et de moquerie ? "

 

Nous avons pu remarquer qu'une race humaine présentant ces caractéristiques existe bel et bien ! 

 

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L'ahu Vinapu

 

À la page 57 du catalogue, on souligne la qualité exceptionnelle de la construction de l'ahu Vinapu dont furent grandement surpris de tout temps les explorateurs et visiteurs de l'Île. On souligne aussi que Thor Heyerdahl y vit une ressemblance avec des constructions sud-américaines et qu'il suggéra même une origine sud-américaine aux Pascuans. Les auteurs du catalogue de conclure :  "Une théorie démentie depuis ..." .

 

Cependant de nouveaux éléments permettent de confirmer que le mode de construction de l'ahu Vinapu est identique à celui de certaines Chullpas de Sillustani sur le plateau andin. D'autres éléments culturels et génétiques tendent aussi à prouver qu'une implantation inca aurait eu lieu sur l'Île de Pâques. 

 

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Tombe ou poulailler ?

 

À la page 100, il est mentionné que les hare moa, qui signifie "maison de la volaille" en Pascuan, seraient en fin de compte des tombes prises pour des poulaillers. Or, ces deux genres de constructions faites de pierres empilées, soit, des tombes rectangulaires munies de petites ouvertures latérales, et des poulaillers munis de plus grandes ouvertures au raz du sol, ont existé sur l'Île. La même méprise avait eu lieu à ce propos entre Métraux et Lavachery lors de leur expédition à l'Île de Pâques en 1934-35. 

 

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Makemake

 

À la page 110 du catalogue, il est question de la tradition orale concernant l'origine de Makemake. D'après cette tradition recueillie par plusieurs explorateurs, dont Alfred Métraux, une prêtresse aurait suivi un crâne emporté en mer par les flots, pour finalement arrivé très fatigué au milieu de la mer, jusqu'à l'îlot Matiro-hiva. 

 

"She arrived in the middle of the sea, she was tired, she landed on the island of Matiro-hiva." Métraux, p.312

 

Le nom de cet îlot qui signifie en Polynésien "l'îlot aux oiseaux sur le chemin de hiva" est reconnu par tous comme étant l'îlot maintenant appelé Sala y Gomez, situé à l'est de l'Île de Pâques, à une distance d'environ 400 km. Les anciens Pascuans ont d'ailleurs rapporté à plusieurs reprises que leurs ancêtres se rendaient régulièrement jusqu'à cet îlot pour en rapporter des oiseaux et des oeufs.

 

Or, le catalogue nous présente un minuscule récif, situé dans la baie de Tongariki, à peine à quelques centaines de mètres de l'Île, comme étant l'îlot Matiro-hiva. Il est difficile de concevoir comment les trois personnes rapportées par la tradition orale auraient pu vivre sur ce chétif récif durant plusieurs jours, et aussi, pour quelles raisons ils auraient voulu rapporter des oiseaux jusqu'à l'Île de Pâques, ou sur un îlot proche de l'Île (Motu nui), alors que les oiseaux en question auraient déjà été à portée de la main, puisque ils étaient disponibles sur un récif à quelques centaines de mètres dans la baie.

 

Une tout autre explication s'impose. 

 

Sur le même sujet, il est mentionné à la page 21 du catalogue que le culte de Makemake serait apparu après l'érection des grands moaï de pierre et qu'il serait donc un culte récent dans l'histoire de l'Île. Il n'y a cependant nulle part mention dans ce catalogue d'une possible explication à un événement aussi important. 

 

En effet pour qu'un groupe de Polynésiens que l'on décrit comme ayant été très isolé, incorpore du jour au lendemain un nouveau dieu à leur panthéon, dieu par ailleurs inconnu en Polynésie, il doit bien y avoir une raison vraiment très importante à cela ? Qui plus est, non seulement les Pascuans ont incorporé ce nouveau dieu à leur panthéon, mais de surcroît il est devenu leur dieu suprême !

 

Nous croyons avoir une explication plausible à cette intrigante situation.  

 

 

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La chute des moaï

 

À la page 100, il est aussi mentionné que la chute des moaï ne serait pas due à des guerres intertribales, mais qu'ils auraient été délibérément couchés face contre terre   ...

 

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À suivre  ...