Les premiers liens qui furent mentionnés  entre 

l'Île de Pâques et le Pérou

 

EXTRAITS de

Île de Pâques

Transport et édification des moai

2013

Ó Jean Hervé Daude

 

 

ÎLE DE PÂQUESLe transport et l’édification des moai

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Les premiers liens qui furent mentionnés entre l'Île de Pâques et le Pérou

Heyerdahl fut considéré comme le plus ardent défenseur de la thèse à l'effet que des sud-américains seraient à l'origine de plusieurs éléments culturels sur l'Île de Pâques. Cependant, bien avant lui, plusieurs explorateurs ont pointé en direction du Pérou pour expliquer des ressemblances marquantes, pour le moins troublantes, entre des éléments qu'ils avaient vus sur l'Île de Pâques et des éléments connus dans les Andes ou sur la côte ouest sud-américaine, et qui, selon leurs connaissances, semblaient complètement inconnus du reste de la Polynésie.

Ainsi, l'Anglais John Linton Palmer, lors de sa visite de l'Île de Pâques en 1868, souligna l'utilisation, par les Pascuans, de petits flotteurs de joncs qu'il considérait identiques à ceux utilisés sur la côte péruvienne. Deux ans plus tard, lorsque l'exploration de Palmer fit l'objet d'une audience à la Royal Geographical Society de Londres, l'idée que les moai pouvaient avoir été construits par des Aymara ou des Quecha du Pérou fut discutée.

En 1886, l'Américain William J. Thomson, qui n'avait jamais envisagé un quelconque contact entre les Péruviens et les Pascuans, fit cette remarque forte intéressante sur un des pétroglyphes d'Orongo connu pour être une représentation du dieu Makemake :

"The general outline of this figure rudely carved upon the rocks, bore a striking ressemblance to the decoration on a piece of pottery which I once dug up in Peru, while making excavations among the graves of the Incas.".

" L'aspect général de ce dessin grossièrement gravé sur les rochers affiche une ressemblance frappante avec la décoration sur une pièce de poterie que j'ai une fois déterrée au Pérou, en faisant des fouilles parmi les tombes des Incas. ".

Déjà, en 1910, le Dr. Couteaud considérait comme très probable qu'il y ait eu un lien entre l'Île de Pâques et le Pérou.

Alfred Métraux, qui fut, à son époque, le plus fervent partisan d'une colonisation exclusivement polynésienne de l'Île, commente ainsi sa visite à l'ahu Vaimata lors de l'expédition Franco-Belge de 1934-35 :

" C'est à peine si, à quelques dizaines de mètres du mausolée, le voyageur pressé perçoit un renflement soigneusement pavé. Sous cette curieuse voûte qui dépasse à peine le niveau du sol se dissimule l'un des plus curieux édifices que j'ai examinés à l'île de Pâques. Un couloir, juste assez large pour permettre à une personne de s'y introduire, s'ouvre dans le sol. Les parois sont faites de dalles soigneusement polies et jointes comme les planches d'une caisse. On se glisse ainsi sur plusieurs mètres pour tomber dans une salle souterraine de près de trois mètres de hauteur. Comment exprimer le sentiment bizarre que j'éprouvai quand je fis craquer la première allumette et que je vis d'un côté les arêtes d'une grotte et de l'autre des murs faits de blocs disposés avec cette science de l'assemblage que je ne connais qu'au Pérou et à l'Île de Pâques ? ".

Metraux de poursuivre :

" Le chef-d'œuvre du travail de la pierre de l'Île de Pâques est l'ahu Vinapu : le mur faisant face à la mer est constitué de deux rangées de dalles merveilleusement lisses dont les bords se joignent avec une précision mathématique. Les dalles de coin ont été arrondies. Une cavité dans la façade a été comblée avec une pierre sculptée pour s'y insérer parfaitement. Une surface comme celle-là ressemble aux fameux murs des palais incas de Cuzco. ".

Henri Lavachery, très étonné par l'imagination débordante des Pascuans dans leurs manifestations artistiques, souligna nombre de paradoxes entre la culture pascuane et la culture des autres îles polynésiennes :

" Les statues de l'Île de Pâques donnent une impression de réalisme et pour tout dire de vérité humaine qui semble, à première vue, très éloignée de ce que nous connaissons des œuvres de la statuaire dans les autres îles polynésiennes. ".

Bien des années plus tard, il affirma :

" Dès lors, l'art varié et capricieux de l'île de Pâques nous met-il en face d'une autre énigme ? Sans doute, comme pour tant d'autres questions relatives à cette île, notre attention devrait se porter vers l'Amérique du Sud, comme Thor Heyerdahl nous a maintenant appris à le faire. ".

Des liens entre l'Île de Pâques et le Pérou ont donc été proposés de longue date, et ce, à plusieurs reprises. Cependant, à cette époque, le manque de données archéologiques, l'absence de compilation de la tradition orale et des rapports des premiers explorateurs, ne permirent pas de concevoir l'arrivée d'un deuxième peuple sur l'Île de Pâques, ni d'avoir une vue d'ensemble des réalisations qu'il avait pu accomplir sur l'Île.

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