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Le mythe de l'Île de Pâques

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Ó Jean Hervé Daude

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L’Île de Pâques est située dans le Pacifique sud, à mi-chemin entre le Chili et Tahiti. Très éloignée de toutes autres îles et du continent sud-américain., elle constitue même l’île colonisée de la planète la plus éloignée de tout autre endroit habité.

Les distances sont telles entre l’Île de Pâques et ces autres endroits habités que la plupart des personnes qui se sont intéressées à l’histoire de l’Île ont tout simplement imaginé qu’il n’y avait jamais eu, avant la visite des premiers européens, d’échanges d’aucune sorte entre les Pascuans et d’autres groupes humains.

Une chance inouïe aurait en effet permis aux Polynésiens la découverte de cette île si éloignée et si isolée. Cette chance inouïe se serait répétée quelques siècles plus tard lorsque le flibustier Davis a aperçu l’île. C’était là, pour la grande majorité des personnes, déjà bien plus que l’on ne pouvait espérer.

Suite à son signalement et à sa localisation relativement précise par Davis, Roogeveen découvrit officiellement l’Île de Pâques en 1722. Plusieurs Européens s’y rendirent par la suite, mais il n’y avait cependant là rien d’extraordinaire car ils n’avaient en fait qu’à suivre les indications du premier découvreur de l’Île pour s’y rendre.

Selon la grande majorité des personnes qui se sont intéressées à l’histoire de l’Île, les Pascuans auraient donc vécu en autarcie durant une longue période de temps.

Ce serait d’ailleurs justement cette autarcie échelonnée sur plusieurs centaines d’années qui aurait fait en sorte que les Pascuans auraient développé, sans aucune influence étrangère, une culture si originale par rapport à la culture du reste de Polynésie.

En effet, les Pascuans auraient procédé à la production, au transport, et la mise en place d’une grande quantité de statues monumentales, à l’élaboration de rites complexes, et même à l’utilisation d’une écriture, toutes choses inexistantes ailleurs en Polynésie.

Ainsi selon la grande majorité des personnes qui se sont intéressées à l’histoire de l’Île de Pâques, tout ce qui constitue la partie la plus originale de la culture pascuane par rapport à la culture polynésienne a donc nécessairement dû être imaginé et développé sur l’Île même.

Nous savons que les Pascuans ont dû vivre en puisant dans les ressources offertes par leur environnement immédiat, auxquelles se sont ajouté les plantes et le peu d’animaux qu'ils avaient apporté avec eux et qu’ils ont réussi à faire prospérer. Pour leurs différentes réalisations, les seules matières premières à leur disposition se limitaient aux pierres, aux arbres et aux joncs.

Ils ont pratiqué l’agriculture, l’élevage et la pêche pour se nourrir, construit des huttes en joncs et des maisons de pierre empilées pour se loger, et se sont vêtus à partir d’étoffes réalisées avec des écorces d’arbres.

Il semble donc que sous ces aspects les Pascuans ne se soient pas significativement distingués du reste des Polynésiens.  À l’instar de la colonisation de d’autres îles polynésiennes, les Pascuans se sont en effet tout aussi bien débrouillés.

Cependant, toutes les grandes réalisations pascuanes détonnent par rapport à celles des autres îles de la Polynésie. Bien que cela soit intriguant, pour la vaste majorité des personnes qui se sont intéressées à l’Île de Pâques, cela ne constitue pas réellement un problème. En effet, selon eux, l’Île de Pâques constituerait tout simplement le seul et unique cas de l’histoire humaine où une poignée d’hommes, complètement coupés du reste du monde, serait parvenue à produire une culture aussi élaborée, et ce, sans aucune influence étrangère.

Après avoir consacré plusieurs années à l’étude de l’Île, l’ethnologue Alfred Métraux concluait même que :

« Le miracle de l’Île de Pâques réside dans cette audace qui a poussé les habitants d’une petite île, dénuée de ressources, à dresser sur l’horizon du Pacifique, des monuments dignes d’un grand peuple. »

 

Ces réalisations dignes d’un grand peuple, d’une civilisation complexe, détonnent d’autant plus que la population de l’Île, hommes, femmes et enfants n’a vraisemblablement jamais dépassé, dans le meilleur des cas, trois à quatre milliers de personnes.

Pour presque tout le monde, il y aurait là un véritable laboratoire humain permettant de comprendre comment les hommes élaborent des solutions aux problèmes pratiques et comment se forment progressivement les civilisations.

Il n’en demeure pas moins, qu’à ce jour, cette façon de concevoir l’histoire de l’Île de Pâques n’a pas apporté les résultats escomptés. Le processus menant à ces réalisations étonnantes n’a en rien été compris et l’énigme de l’originalité de la culture pascuane reste entière. 

Se pourrait-il que cette façon d’appréhender l’histoire de l’Île de Pâques ne soit pas le bon chemin à suivre pour comprendre ce qui s’est réellement passé sur cette Île ?

Nous croyons que tel est le cas et qu’une autre manière d’envisager l’histoire de l’Île de Pâques s’impose. Selon nous, la très grande originalité de la culture pascuane, laquelle n’a vu le jour que durant une période de temps relativement courte, ne serait nullement dû au confinement des Pascuans sur leur petite île isolée, mais tout au contraire, à des contacts sporadiques avec d’autres groupes humains, ce qui aurait permis l’apport de nombreux éléments culturels de différentes origines, même très éloignées, laissant cependant croire, à première vue, à un foisonnement culturel spontané, bien que difficilement explicable.

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JHD

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