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La Recherche
 
Qui a couché les géants ?
(article de La Recherche en bas de page)
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Selon les auteurs de cet article, un changement de culte religieux à l'Île de Pâques serait la cause de tous les moai gisant au sol.

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Un article paru dans la revue La Recherche (octobre 2013) concerne les énigmatiques moai de l’île de Pâques. Ces moai qui étaient dressés un peu partout à la surface de l’Île, mais surtout le long des rivages, furent de plus en plus retrouvés gisant au sol, au fur et à mesure de la venue des explorateurs européens, jusqu’à ce que finalement il n’y ait plus aucun moai debout.

 

Dans un premier temps, les auteurs de cet article commencent par s’intéresser aux moai gisant à terre le long des chemins partant de la carrière du Rano Raraku en direction des rivages de l’Île où ces imposantes statues étaient érigées sur des plates-formes appelées ahu.

 

Ils mentionnent à ce sujet :

 

« Un fait a beaucoup marqué l’ensemble des archéologues et des spécialistes qui ont travaillé sur l’île pour essayer de comprendre le déroulement de ces opérations : la présence, le long des routes, d’une cinquantaine d’autres statues, couchées et, parfois, brisées. La plupart d’entre eux en ont déduit que les Pascuans déplaçaient leurs statues en position debout, en équilibre précaire, et qu’elles seraient tombées pendant le transport. Ils les auraient alors simplement abandonnées sur place. La manière dont pouvait se faire ce transport vertical a donné lieu à de nombreuses hypothèses et expérimentations. ».

 

Effectivement, les partisans de cette méthode de transport à la verticale constatent que ces moai ne semblent pas avoir été traînés horizontalement directement sur le sol, car ils ne présentent pas d'usure marquée, et n'ont pas été retrouvés dans une position particulière, sur le dos ou sur le ventre, ce qui devrait être le cas s’ils avaient été abandonnés en cours de route s'ils avaient été transportés dans une position spécifique. Ils précisent aussi qu’un mode de transport debout aurait été très risqué et permettrait ainsi d’expliquer que des moai furent retrouvés gisant à terre le long des chemins.

 

 

Selon les auteurs de cet article, loin de nous renseigner sur les conditions de leur transport, l'état de ces statues couchées le long des routes révèle plutôt une évolution majeure dans les croyances religieuses des Pascuans au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Bien que considérant ne pas avoir découvert dans quelles conditions les moai ont été mis en place, ces auteurs affirment avoir identifié de nouvelles questions quant aux motivations des Pascuans pour abandonner cette pratique.

 

Ces auteurs ne croient pas que les moai aient été déplacés debout, ils sont cependant convaincus que toutes les statues aujourd'hui couchées le long des anciens chemins seraient restées debout pendant une longue période, vraisemblablement  plusieurs décennies. Ils s’appuient, entre autres, sur une source d'information qui, selon eux, a totalement été négligée jusque-là : les cannelures que creuse l'eau de pluie dans le tuf, la pierre volcanique dont sont faites les statues. En effet, un moai debout et un moai couché sur le dos ou sur le ventre ne sont pas attaqués par les précipitations de la même manière et les traces d’érosion qui s’ensuivent sont donc très différentes.

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Nous considérons que cet élément est effectivement particulièrement important. En effet, les traces d’érosions sur les moai couchés le long des chemins partant du Rano Raraku démontrent que ceux-ci auraient été en position debout durant un laps de temps relativement long. Cette analyse a été faite au début des années 1900 par Katherine Routledge. Cette anthropologue britannique qui a passé plus d’un an à enquêter sur l’Île de Pâques, s’est particulièrement intéressée aux chemins de transport des moai et aux statues qui gisaient le long de ces chemins. Elle fut la toute première à constater, analyser et rapporter, que les traces d’érosion sur les moai gisant le long des chemins démontraient qu’ils avaient été longtemps en position verticale.

 

 

 Les auteurs de cet article nous informent aussi que 6o% des moai gisant à terre sont toujours intactes, ce qui, selon eux, signifierait qu'ils ne peuvent pas être tombés par accident, car vu leur fragilité, ils n'auraient pas résisté à leur chute. Ils croient donc que ces statues couchées le long des chemins ne seraient tout simplement pas tombées et qu’il faudrait abandonner toute idée que ces moai puissent, d'une quelconque façon, nous renseigner sur les techniques de transport utilisées par les Pascuans.

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Il ne s’agit là, cependant, que de suppositions étant donné qu’aucun essai n’a été effectué à ce sujet. Bien qu’il ne soit certes pas question de faire tomber de vrais moai afin de vérifier comment ces masses peuvent se comporter en chutant, il serait toutefois possible de faire tomber de grossières répliques. Par ailleurs, contrairement à ce que pensent ces auteurs, comme nous avons pu le voir dans une récente étude, ces moai peuvent valablement nous renseigner sur le mode de transport utilisé par les Pascuans.(Jean Hervé Daude, Île de Pâques – Le transport et l’édification des moai, 2013)

. Ces auteurs de conclure cette section en spécifiant :

« Si les statues ne sont pas tombées, c'est que les Pascuans les ont volontairement couchées. Et avec soin, car elles ne sont pas abîmées. Cette opération était en effet préméditée. »,

 

   et d’ajouter :

« Que peut-on en déduire ? Qu'il fut un temps où les Pascuans éprouvèrent le besoin de dresser des statues le long des routes. Puis que, quelques générations plus tard, ils ont décidé de les coucher. ».

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Notons que ces auteurs nous mentionnent que 60% des moai tombés à terre ne sont pas brisés. Ils croient que les moai ont été volontairement couchés à terre car ils ne sont pas abîmés. Selon eux les autres moai qui gisent à terre en plusieurs morceaux, furent brisés une fois qu'ils étaient déjà au sol…

 

Selon ces auteurs, pour essayer de comprendre pourquoi les Pascuans ont dressé puis couché ces statues, il faut se tourner vers d'autres indices. Les pentes du volcan, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du cratère, sont parsemées de dizaines de moai. Selon eux, la fonction de certains de ces moai, situés à la sortie de la carrière, serait d'en entraver le fonctionnement le plus possible. Les Pascuans les auraient disposé au fond de fosses profondes afin qu'il leur soit pratiquement impossible de revenir en arrière puisqu’il aurait était très difficile de les en faire sortir. Ce qui, toujours selon ces auteurs, aurait déjà été constaté, entre autres, par Routledge.

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Or, Routledge, qui a fait excaver plusieurs moai au bas du flanc du Rano Raraku a constaté que ceux-ci auraient initialement été légèrement encastrés dans le sol. En effet, les moai étaient enfouis jusqu’au coude pour les stabiliser en place une fois qu’on les avait redressés. Les moai étant des torses sans jambes et leurs coudes étant sculptés au bas du torse, ceux-ci étaient donc relativement près du sol.

De plus, étant redressés dans une pente et y faisant dos, le devant des moai était très peu encastré dans le sol. Toujours selon l’analyse de Routledge, le reste du corps des moai aurait finalement été remblayé par l’érosion. Selon ses observations, il ne s’agirait cependant pas d’une érosion se produisant peu à peu au fil des ans. En effet, suite à un examen minutieux du corps de ces moai enfouis, elle a constaté que des démarcations bien visibles sur leur corps indiqueraient qu’il y aurait eu deux événements majeurs de glissements de terrain.

Ces glissements de terrain auraient enterré les moai, parfois même jusqu’à les faire disparaître complètement. Soulignons qu’en aucun cas, Routledge ne mentionne que les Pascuans auraient fait glisser les moai dans des fosses parfois jusqu’au cou et même davantage. Selon elle, ces moai n’auraient donc, en aucun cas, été enterrés volontairement par les Pascuans.

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Les auteurs de cet article constatent aussi que la carrière contient un certain nombre de moai non terminés. Ils mentionnent que ces moai, considérés comme des ébauches, sont peu achevables. Par exemple, certaines parties de moai sont placées au bout d'une veine de tuf. Ailleurs, des figures sont tellement enchevêtrées qu'il faudrait en détruire quelques-unes pour détacher les autres de la roche. Pour eux, force est de constater que les Pascuans ont volontairement rendu le volcan impropre à la poursuite de la sculpture des moai.

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Pour notre part, nous croyons que ces moai non inachevés pourraient, dans certains cas, être des ébauches qui ne furent pas terminées car le travail à la carrière aurait cessé brusquement. Dans d’autres cas, il s’agirait d’œuvres qui ne pouvaient pas être terminés, car au cours de la sculpture les Pascuans se seraient rendu compte que la pierre présentait des défauts qui auraient rendu ces moai trop fragiles ou non réalisables.

 

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Ces auteurs s’interrogent sur les motivations des Pascuans qui auraient couché à terre les statues que les générations précédentes avaient dressées le long des routes ? Ils croient que dès le milieu du XVIIIe siècle, un phénomène général aurait touché toutes les statues de l'Île et pas uniquement celles situées le long des routes.

  

La thèse principale de ces auteurs est à l’effet qu’un changement de traditions serait à l’origine de ce changement :

 

« Cette situation remonte sans doute au début du XVIIIe siècle. Car les premiers Européens à atteindre l'île de Pâques dès 1722 constatent que certaines de ces statues sont couchées alors que d'autres sont encore debout. ». 

 

 

Nous tenons à préciser que lorsque Roggeween aborde l’Île de Pâques en 1722, il ne signale aucunement des moai couchés à terre, pas plus d’ailleurs que Gonzales en 1770. C’est le capitaine Cook en 1774, soit 52 ans après la découverte de l’Île, qui, le premier, signale tout au plus quelques moai gisant à terre à un endroit très précis sur l’Île.

 

 

Selon ces auteurs, leurs fouilles archéologiques leurs auraient indiqué la raison de la mise à terre des moai de l’île : « Les Pascuans ont en effet décidé à cette époque de transformer en cimetières les autels (ahu) qui soutenaient les statues. C'est pourquoi ils ont dû étendre ces dernières au sol. ».

 

Ces auteurs de conclure :

 

«  (…) à partir de la fin du XVIIe siècle ou au début du siècle suivant, les Pascuans ont changé de projet. Ils ont d'abord fermé les carrières de tuf, puis ils ont converti les autels en cimetières en déposant au sol leurs statues, tout comme celles des chemins. ».

 

Selon eux : tout fonctionne selon la même logique de fermeture : les Pascuans auraient renoncé lentement à leurs anciennes traditions pour se tourner vers de nouvelles valeurs. Le culte d’une nouvelle divinité serait à l’origine de ce bouleversement. En effet, selon ces auteurs :

 

« (…) il est sûr que Make make fut le principal adversaire des divinités anciennes représentées par les moai. ».

 

 Ces auteurs sont d’opinion que l'histoire des statues couchées le long des chemins est sans rapport avec des procédés de transport. Ils conviennent d’ailleurs que le déplacement de masses de plusieurs tonnes n'a de toute façon rien de prodigieux et que les Pascuans seraient loin d'être les seuls à avoir réalisé de tels travaux sans connaître ni la roue, ni le métal, les constructeurs de dolmens et de menhirs d'Europe, dès le Ve millénaire avant notre ère, n'ayant pas fait moins bien, ni avec plus de possibilités techniques.

 

 

Bien que, comme l’affirment ces auteurs, le déplacement des moai n’a rien de prodigieux en soi, nous considérons toutefois qu’il est particulièrement intéressant de connaître comment ce déplacement à pu s’effectuer. Il s’agit là d’un aspect particulièrement intéressant de la culture des Pascuans car la manière dont les moai étaient déplacés sur le Rano Raraku et par la suite transportés jusqu’aux différents ahu peut en effet nous permettre de connaître davantage les Pascuans à travers leurs compétences techniques et la manière dont ils résolvaient certains problèmes.

 

 

Ainsi, selon les auteurs de cet article, tous les moai de l’Île de Pâques gisent au sol parce que les Pascuans les y auraient volontairement déposés, et ce, d’ailleurs, bien délicatement. Selon eux, les Pascuans ayant subitement décidé de changer leur pratique religieuse, les moai leurs seraient alors devenus complètement inutiles.

 

 

Ceci est pour le moins très surprenant, car, comme nous avons pu le voir dans une précédente étude très détaillée : la tradition orale de l’Île de Pâques, à laquelle s’ajoute les témoignages recueillis par les premiers explorateurs, ainsi que les propres constations de ceux-ci sur le terrain, vont tous dans le même sens : à savoir, qu’il y aurait eu des guerres de clans meurtrières sur l’île et que le clan vainqueur prenait un malin plaisir à mettre à terre les moai du clan vaincu. (Jean Hervé Daude, Île de Pâques – Guerre de clans et chute des moai, 2012)

Nous avons pu constater tout au long de nos différentes études que de ne pas tenir compte de ces anciennes et précieuses sources d’informations, ouvrait par le fait même la porte à toutes les hypothèses et toutes les spéculations possibles, même les plus farfelues. En effet, comment vérifier si une hypothèse correspond bien à ce qui s’est réellement passé sur l’Île de Pâques si nous ne vérifions pas si cette hypothèse va dans le même sens de ce que les Pascuans rapportent sur des événements de leur passé : soit par la tradition orale, soit par les témoignages qu’ils ont fourni aux premiers explorateurs ?

Il nous semble aussi peu vraisemblable que les Pascuans dans un désir soudain de changement de pratique religieuse, aient mis à terre toutes les représentations sacrées de leurs ancêtres. Qui plus est, les Pascuans, malgré leur changement de pratique religieuse, auraient malgré tout disposé les os de certaines personnes importantes décédées au même endroit où ils avaient érigé les moai, utilisant comme abris des moai renversés à terre.

La version des Pascuans, recueillie à différentes époques, à l’effet que les moai auraient été jetés à terre lors de sanglants conflits nous semble beaucoup plus crédible. Les Pascuans se serait ensuite tout simplement servis de certains moai comme abris pour continuer leurs traditions et y entreposer les os de personnes vénérées.

Nous savons, que ces moai renversés ne pouvaient plus être remplacés, car ils n’étaient plus fabriqués depuis déjà fort longtemps. En effet, lors du passage de Geiseler en 1880, celui-ci a été informé que les moai n’étaient plus fabriqués depuis déjà plus de 250 ans. Les moai qui avaient subis beaucoup de dommages ne pouvaient pas non plus être redressés. De plus, nous savons aussi, toujours selon des informations recueillies par Geiseler, qu’une fois brisés, ces moai ne possédaient plus aucun pouvoir et n’étaient plus sacrés aux yeux des Pascuans. Ces moai brisés, alors dénués de toute valeur, redevenaient de simples pierres. Pour cette raison les Pascuans ont pu les utiliser à d’autres fins, comme des abris pour des ossements.

Ces auteurs considèrent que les Pascuans auraient subitement décidé de changer leur pratique religieuse en faveur du culte de Make make. Ils croient aussi que ce culte daterait de la période qui précéderait de peu la découverte de l’Île.

Or, la tradition orale pascuane rapporte, avec maints détails d’ailleurs, l’arrivée de Make make à l’Île de Pâques. Celui-ci aurait amené avec lui des oiseaux sur l’île et les aurait implantés sur l’îlot Motu Nui. Une fois que les Pascuans eurent constaté que ces oiseaux se plaisaient et prospéraient sur cet îlot, ils auraient construit les maisons de pierre du petit village d’Orongo situé face à cet îlot. Par la suite une grande fête aurait eu lieu pour honorer Make make.

Le rite de l’Homme-oiseau aurait aussi fort probablement débuté à cette période. Or, des datations au carbone 14 effectuées au village d’Orongo permettent de situer sa construction vers le 15e siècle, soit bien avant la découverte de l’Île par les Européens.

Par ailleurs, un moai bien spécial appelé Hoa Hakananai’a, sculpté, non pas comme la vaste majorité des moai de l’Île dans du tuf volcanique, une pierre très tendre, mais au contraire dans une pierre très dure identique à l’andésite, était exposé dans une des maisons de pierre du village d’Orongo. Ce moai enlevé par l’équipage de la Topaze fait maintenant parti des collections du British Museum. 

Malgré la grande difficulté de sculpter cette pierre très dure, ce moai fut particulièrement bien réalisé. Métraux considérait même qu’il s’agissait d’une pièce maîtresse de l’art sculptural des moai, comparable aux plus belles statues du Rano Raraku, mais qu’elle avait de plus le mérite d’être sculpté dans de la pierre dure. «(Alfred Métraux, Ethnology of Easter Island,  p. 298.)

Lavachery abondait dans le même sens :

« (…) c’est d’Orongo que provient le type le plus parfait de la statue caractéristique (type de série des ahu) de l’Île de Pâques, la statue du British Museum. ». (Henri Lavachery, Île de Pâque,  p. 273.)

Nous savons par la tradition orale que ce moai aurait été relié au rite de l’Homme-oiseau et au culte de Make make. En effet, des cérémonies étaient officiées autour de ce moai lors du rite de l’Homme-oiseau. Aussi, au dos de ce moai sont sculptés des éléments en rapport avec le rite de l’Homme-oiseau, soit : des hirondelles de mer ou manutara, ainsi que des rames d’apparats appelées ao. Par ailleurs, des rites d’initiation d’adolescents, appelés Poki manu, c’est-à-dire les Enfants-oiseaux avaient lieu auprès de ce moai. Une fois les rites exécutés, les jeunes participants se rendaient sur l’îlot Motu Nui pour y séjourner durant un certain temps.

Nous sommes convaincus qu’il n’est absolument pas concevable que les Pascuans aient mis à terre tous leurs moai parce qu’ils furent tout simplement pris d’une envie subite de changer la manière de pratiquer leur culte et que seul comptait maintenant le culte de Make make. D’autant plus, qu’ils ont continué en même temps à honorer un moai à Orongo, lequel serait intimement lié au rite de l’Homme-oiseau.

Par ailleurs, il nous semble aussi que les moai, ou à tout le moins une grande partie d’entre eux, représenteraient des Hommes-oiseaux. ce fut aussi d’ailleurs l’opinion émise par Routledge. Nous savons en effet, qu’une fois l’Homme-oiseau nommé, si celui-ci provenait des clans de la partie est de l’Île, il devait alors aller durant un certain nombre de mois en réclusion au Rano Raraku dans une hutte spécialement construite à cette fin.

Nous avons aussi pu voir lors d’une précédente étude que les mains des moai sont disposés sur leur bas ventre selon une position que l’on ne peut pas adopter de manière naturelle, l’articulation des poignets ne permettant pas en effet de les placer selon un angle aussi accentué. Ces mains sont par ailleurs dotées de « doigts » très longs et fins, qui selon nous, ne seraient pas des doigts comme tel, mais plutôt de représentations de rémiges d’oiseaux. Ceci expliquerait l’aspect long et fin de ces supposés « doigts », ainsi que le fait que le dernier doigt se courbe énormément vers le haut, tout comme la dernière plume de l’aile de certains oiseaux.

Le rite de l’Homme-oiseau et de Make make seraient donc intimement liés et seraient beaucoup plus anciens que la découverte de l’Île de Pâques par les Européens. Tous ces éléments laissent non seulement entrevoir que Make make aurait été en lien avec le rite de l’Homme-oiseau, puisque ce rite servait à l’honorer, mais aussi avec les moai puisqu’ils représenteraient des Hommes-oiseaux..

Affirmer, comme le font ces auteurs, que les Pascuans auraient abandonné le culte des moai pour celui de Make make, ce qui aurait conduit à la mise à terre de tous les moai, nous semble donc pour le moins incompréhensible et ne refléterait absolument pas la véritable histoire de l’Île de Pâques.

Nous considérons que dans les faits, il ne s’agirait pas de l’abandon d’un culte pour un autre, mais plutôt de l’amputation d’une partie intégrante et importante du culte de l’Homme-oiseau.

Cette situation s’explique fort bien par le fait que les moai qui furent renversés violemment, une fois brisés, n’étaient plus sacrés. Par ailleurs, n’étant plus fabriqués, ils ne pouvaient pas non plus être remplacés, et de toute manière, même s’ils avaient pu l’être, rien ne dit qu’ils seraient restés debout très longtemps en ces périodes de guerres intestines.

Encore une fois, nous considérons qu’il est absolument vital de tenir compte de toutes les informations disponibles sur le passé de l’Île de Pâques, à défaut de quoi, nous ne pourront appréhender pleinement la véritable histoire de l’Île de Pâques.

 

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Nicolas Cauwe, Morgan de Dapper, Dominique Coupé, Musées royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles, Belgique