Le Sophora toromiro

 

Arbre sacré des Pascuans, endémique à l'Île de Pâques, il a maintenant disparu de la surface de l'Île

 

Le Sophora toromiro est un petit arbre qui poussait autrefois abondamment sur l'île de Pâques. Son bois aux qualités exceptionnelles, permettait aux Pascuans de sculpter des petites statuettes sacrées, telles les moaï Kavakava. Le Sophora Toromiro a disparu de la surface de l'Île de Pâques dans les années 1960. Fort heureusement, plusieurs explorateurs ont eu la présence d'esprit d'en rapporter quelques graines dans leur pays. Aujourd'hui, grâce à eux, des toromiro sont élevés dans plusieurs jardins botaniques à travers le monde. Des efforts ont aussi été entrepris récemment pour essayer de réintroduire cet arbre sur son sol natal.

 

Le Sophora toromiro ou la triste histoire d'un arbre sacré, par Adrien Goursaud

Sophora toromiro, par Mackinder& Staniforth (description botanique et culture)

Le Sophora toromiro ou la triste histoire d'un arbre sacré, par Adrien Goursaud 

 

Les branches

 

Les feuilles

 

 

 

Les fleurs

 

 

Les cosses

 

et les graines

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Le Sophora peut aussi constituer une plante exotique d'intérieur très intéressante et surtout ... exceptionnellement rare.

 

Germination d'une graine après 18 mois d'efforts

 

Apparition timide du Toromiro

 

Après 1 mois

 

Ó Jean Hervé Daude

Le Sophora toromiro de l'auteur de ce site après 24 mois ...

 

Le 6 novembre 2009, deux plans de Sophora toromiro ont été offert par l'auteur de ce site au Jardin botanique de Montréal. Seuls quelques rares jardins botaniques à travers le monde situés, en Norvège, en France (à Menton) et au Chili, ont la chance d'avoir un Sophora toromiro.

 

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Extraits du livre : Île de Pâques - La forêt disparue

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CHAPITRE IX

Problèmes contemporains ayant contribué à la déforestation de l’Île

 

Le contact avec les Occidentaux a eu un effet dévastateur sur les quelques arbustes qui avaient pu résister au dépérissement du couvert végétal.

À l’arrivée des premiers explorateurs, ces arbustes étaient encore visibles, bien que peu nombreux et peu diversifiés. Ainsi en témoigne La Pérouse :

« (...) nous ne rencontrâmes d’autres arbustes que le mûrier à papier et le mimosa ».

 

Lorsque les premiers explorateurs relatent avoir aperçu des mimosas, il s’agissait en fait du Sophora Toromiro, l’arbre sacré des Pascuans. T. de Lepelin confirme avoir vu des Toromiros, des bananiers et d’autres arbustes utiles pour les Pascuans :

« De distance en distance on rencontre quelques buissons d’un petit arbuste appelé Toromiro. Cet arbrisseau,  qui doit atteindre la hauteur de l’acacia d’Australie, à la famille duquel il appartient, a fourni autrefois des troncs de 0,5 m de diamètre. Toutes les statuettes et tous les instruments de bois qu’il y a dans l’île depuis des temps immémoriaux en sont faits. Actuellement il n’y en a pas un seul de cette dimension dans le pays. Les rejetons servent pour la construction des cases des indigènes et pour les hampes de leurs lances de guerre.

En outre des trois espèces de bananes que l’on cultive dans l’île, il y trois arbustes d’une grande utilité pour l’industrie : ce sont le Mahute, le Boro-hu et le Tii. »

 

Ces trois derniers arbustes avaient une grande importance dans le mode de vie des Pascuans. Les deux premiers leur servaient à fabriquer des étoffes, le fil nécessaire aux filets et aux lignes à pêche; ils recueillaient les bulbes très sucrés du dernier, le Tii, qu’ils consommaient et dont ils tiraient, de la fleur, une poudre noire qui servait de colorant pour les tatouages.

Par la suite, ces derniers petits groupes d’arbustes ont pratiquement disparu de l’Île. En effet, en 1888, le Chili annexa l’Île de Pâques et loua une grande partie du territoire à une compagnie anglaise qui s’en servit pour y établir un élevage intensif. Alors que les Pascuans étaient cantonnés sur environ 2 000 hectares de terrain, la compagnie utilisait les 15 000 hectares restant pour élever différents animaux domestiques. Henri Lavachery rapporte certaines données concernant cet élevage, collectées lors du passage de l’expédition franco-belge en 1934.

« Sur ses terrains, la compagnie élève des moutons. Elle en possède 36 000 au moment de notre arrivée, répartis en divers secteurs clôturés, d’après leur âge, la qualité de la laine, etc. Six cents bêtes à cornes sont parquées aux environs de Matavari. Un peu trop près de la maison, 350 cochons … »

 

Avec un tel contingent d’animaux brouteurs sur la presque totalité du territoire de l’Île, le peu d’arbustes encore visibles quelques années auparavant a presque complètement disparu, exterminé par les ruminants.

 

 

Ó Jean Hervé Daude

 

Quelques rares spécimens persistèrent un certain temps parce qu’ils étaient situés en des endroits inaccessibles. Ainsi en est-il des quelques arbustes Makoi que Henry Lavachery a pu apercevoir grâce à ses deux guides Pascuans :

« Pakomio et Tepano s’avancent au bord périlleux de la falaise. – Regardez là ces taches – Au bas de la muraille à pic on voit comme une brume verte, légère qui ondule. – Les makoi, les arbres du vieux temps. On en faisait des statues, des manches d’outils. Mais c’est moins bon que le toromiro. »

 

Les petits arbustes de Sophora Toromiro, qui étaient encore visibles à différents endroits sur l’Île avant l’arrivée des éleveurs, disparurent définitivement par la suite de l’Île de Pâques. Le Sophora Toromiro était l’arbuste sacré des Pascuans. Son bois, dur et pesant, prenait une couleur rouge sombre en vieillissant, ce qui lui valut son surnom de « bois de sang ». Son grain fin permettait de beaux polissages et son imputrescibilité en faisait le matériau idéal pour la sculpture des objets à caractère sacré.

Henri Lavachery rapporte que, lors de son passage, deux arbustes de Sophora Toromiro survivaient encore sur l’Île de Pâques. Une expédition à l’intérieur du cratère de l’ancien volcan Rano Kao lui permit d’examiner un des derniers spécimens :

« Enfin : le toromiro est haut comme un homme, ses feuilles de sensitive, ses grappes de fleurs jaunes, ses cosses pendantes, pleines de graines, blanches et rondes, rappellent l’acacia qui est son parent. Son tronc, gros comme le bras, est tordu. Il donne une impression de force rude, on dirait qu’il est musclé. Nous le photographions, nous lui coupons une branche, nous recueillons de ses graines. Verrons-nous un jour un toromiro dans une serre d’Europe ? »

 

En 1955, le dernier spécimen de Sophora Toromiro recensé sur l’Île est de nouveau aperçu à l’intérieur du cratère de l’ancien volcan Rano Kao par l’explorateur norvégien Thor Heyerdahl qui en préleva lui aussi quelques graines. Ce dernier représentant des arbres sacrés des Pascuans était bien mal en point et sans la présence d’esprit de ces deux explorateurs qui en ont prélevé des graines, cette espèce d’arbre endémique à l’Île de Pâques aurait complètement disparu de la planète à tout jamais. Maintenant, comme l’avait souhaité Henry Lavachery, le Sophora Toromiro pousse effectivement dans quelques jardins botaniques à travers le monde, notamment en Norvège, en France et au Chili.