Métraux et la thèse sud-américaine

 

 

Métraux fut le plus grand détracteur de la thèse d'une colonisation sud-américaine de l'Île de Pâques.

 

Métraux fut le premier à apporter un peu de clarté sur le passé mystérieux de l'Île de Pâques. À une époque ou les premiers explorateurs pensaient que les vestiges de l'Île avaient été construits par une civilisation maintenant disparue, il démontra que les ancêtres des habitants de l'Île étaient fort probablement les sculpteurs de ces grandes statues de pierre. Pour lui, les habitants de l'Île de Pâques, tout comme leurs ancêtres, étaient des Polynésiens.

 

Nous avons pu constater à maintes reprises que Métraux était très intègre dans ses observations, il notait tout,  même les traditions et les faits avec lesquels il n'était pas nécessairement en accord, faisant  de ses écrits, des ouvrages de références contenant des informations précises et indispensables. 

 

Bastide, Roger. Alfed Métraux (1902-1963), Archives des sciences sociales des religions, vol.16, no.1, 1963.

 

Métraux élabora ses hypothèses à partir de ses propres observations, hypothèses qui ne furent cependant pas acceptées par tous les chercheurs.

Ainsi en fut-il d'Heyerdahl qui suggéra qu'une population sud-américaine, et non pas polynésienne, pouvait être à la base de la colonisation de l'Île de Pâques, ce à quoi Métraux s'est toujours farouchement opposé.  

 

 

Naville, René. In Memorian - Alfed Métraux

 

 Métraux se confronta aux arguments de Heyerdahl durant de longues années. Métraux était effectivement tellement en furie contre la thèse sud-américaine que c'est à se demander s'il s'agissait seulement pour lui de débattre d'arguments scientifiques ? 

 

                                                                                                                                  Alfred Métraux

                                                          Bing, Fernande. Entretiens avec Alfred Métraux, L'Homme, vol.4, no.2, p. 26, 1964

 

 

Métraux avait aussi une assez bonne connaissance des civilisations andines. Il étudia notamment les migrations des indiens Aymara et Quechua vers les basses terres, en 1954 et y retourna plusieurs fois par la suite.

Auroi, Claude. Métraux et les Andes, Société suisse des américanistes, bulletin 66-67, 2002-2003, p. 113.

 

Auroi, Claude. Métraux et les Andes, Société suisse des américanistes, bulletin 66-67, 2002-2003, p. 125.

 

Métraux écrivit sur la civilisation inca (1961 et 1962), mais, fait intriguant, Métraux se suicida, le 11 avril 1963, peu de temps après après avoir effectué son dernier voyage au Pérou, voyage durant lequel il visita des lieux qu'il n'avait pas eu l'occasion de visiter auparavant. 

 

Bing, Fernande. Entretiens avec Alfred Métraux, L'Homme, vol.4, no.2, 1964.

 

 

À l'opposé de la thèse de Heyerdahl, la thèse mise de l'avant dans L'empreinte des Incas est plutôt à l'effet  qu'une deuxième vague de colonisation, sud-américaine, celle-là, aurait fait suite à l'arrivée des Polynésiens.  Par la suite les descendants de ces Incas auraient été pratiquement exterminés par les descendants des Polynésiens présents sur l'Île. La thèse mise de l'avant dans L'empreinte des Incas est donc complètement différente de l'hypothèse d'Heyerdahl et permet d'expliquer pourquoi les premiers occidentaux eurent l'impression, à leur arrivée, que l'Île avait toujours été occupée par des insulaires qui semblaient, de toute évidence, être des Polynésiens.