Ó Jean Hervé Daude

 

L'empreinte des Incas

 

Vos questions 

 

Les questions d’intérêt général aident l’ensemble des lecteurs à mieux approfondir les différents éléments de cette thèse. Vos questions sont donc, non seulement les bienvenues, mais aussi très importantes pour nous tous.

 

 

 

Q.    Ne croyez-vous pas que la thèse d'une influence sud-américaine sur la culture de l'Île de Pâques est un peu dépassée, pourquoi la proposer encore ?

 

R.    La thèse d'une influence sud-américaine sur la culture de l'Île de Pâques n'est pas dépassée, elle n'a tout simplement pas été acceptée à l'époque où elle a été proposée. Cependant, la découverte de nouveaux indices et le résultat de comparaisons qui n'avaient pas été effectuées jusque maintenant entre de nombreux éléments culturels pascuans et des éléments culturels sud-américains, permettent d'établir un lien entre ces deux endroits. Aussi, les résultats de nouvelles investigations ostéologiques qui n'avaient pas été entreprises jusque maintenant et l'avancement des techniques de recherche dans les analyses d'ADN (voir L'empreinte génétique), permettent aujourd'hui d'affirmer que des sud-américains sont fort certainement allés jusqu'à l'Île de Pâques, s'y sont installés, ont eu une descendance avec des Polynésiennes présentes sur l'Île et sont à l'origine de la plus grande partie de l'essor culturel phénoménal qui est jusque maintenant demeuré inexpliqué sur l'Île de Pâques.

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Q.    La venue de l'Inca Tupac à Mangareva et sur l’Île de Pâques semble présumée, mais cela semble presque "trop beau" que ce grand notable Inca soit venu lui-même sur l'Île. Sans trop affirmer sa venue, ne semblerait-il pas plus réaliste que "certains Incas" soient arrivés un jour sur cette île, sans que ce soit forcément "le plus illustre" ?   

 

R.    Dans la tradition orale incaïque, le voyage de l’Inca Tupac Yupanqui est le seul cas qui soit rapporté d’une expédition incaïque dans l’océan Pacifique. Cela n’empêche pas qu’il ait pu y avoir d’autres contacts occasionnels d’Incas avec les Pascuans. L’expédition de l’Inca Tupac constituerait cependant le contact avec les Pascuans le plus probant. Cette expédition aurait été d’une telle envergure, qu’elle aurait laissé une trace bien imprégnée dans la mémoire collective des Incas.   

 

Tout en se rappelant qu'en Polynésie les mots ne se terminent jamais par une consonne, et que donc Tupac serait devenu Tupa à l'Île de Pâques et à Mangareva, le passage de l’Inca Tupac lui-même aurait laissé des traces dans la terminologie pascuane, notamment,  par l'emploi de son nom pour les tours rondes appelées tupa par les Pascuans, pour le clan des tupa hotu, pour le roi tupa ariki dans la généalogie pascuane et pour le mot tupatupa, qui signifie transporter une lourde charge à plusieurs personnes. 

 

 

Le voyage de l'Inca Tupac aurait duré moins d'un an, il ne se serait donc pas trop attardé sur l'Île de Pâques, mais une partie de ses troupes serait fort probablement restée sur place de manière permanente.          

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Q.    Vous semblez affirmer, à la fin de votre ouvrage, que l'influence inca a été déterminante, et même que la seconde tribu (Longues oreilles) aurait été dominante. Or, il est curieux que si elle a été dominante qu'elle ait été exterminée par les "Petites oreilles".    

 

R.    Les Longues oreilles n'étaient qu'un petit groupe parmi les Incas arrivés sur l'Île. La domination politique, culturelle et militaire qu'ils exerçaient sur l'Île s'est progressivement estompée au fil des générations, de sorte que les descendants de ces Longues oreilles n'étaient plus aussi aguerris au jour fatidique de leur extermination qu'à l'arrivée des Orejones. 

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Q.    Pourquoi certains auteurs prétendent-ils que la ressemblance de l'ahu Vinapu avec certaines constructions Incas ne serait que superficielle ? 

 

R.    Ces auteurs n'avaient comparé l'ahu Vinapu qu'avec certaines constructions incas de Cuzco et du Machu Pichu, ignorant la diversité des constructions incaïques, notamment celles de Sillustani, qui elles présentent des ressemblances frappantes et des modes de construction identiques à celles de l'ahu Vinapu.

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Q.    Ces mêmes auteurs mentionnent que les datations au carbone 14 dateraient l'ahu Vinapu vers l'an 1200, la civilisation inca étant postérieure à cette date comment expliquer que les Incas aient pu construire Vinapu ?

 

R.    Une datation au carbone 14 des composantes de l'ahu Vinapu détermine l'âge de la pierre elle-même, soit la date approximative de sa formation lors d'une éruption volcanique qui s'est produite il y a plusieurs milliers ou millions d'années. Les chercheurs tentent donc de dater des charbons de bois ou d'autres traces de présences humaines sur le site pour évaluer la construction du monument en question. Or, la présence humaine a pu précéder de beaucoup la construction de ce monument. De même, ce monument a aussi pu être construit en plusieurs étapes à des périodes différentes (ce qui semble être le cas). Il a aussi pu être construit, démoli et reconstruit par la suite à plus d'une reprise.

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Q.    Comment expliquer que la langue (vous le dites vous-mêmes) soit toujours absolument identique au reste de la Polynésie ? S'il y avait eu une influence, forte ou faible, des Incas, on retrouverait beaucoup plus de vocables, de mots, de tournures de phrases, d'aspects sud-américains dans la langue de l'Île de Pâques.

 

R.    Les Incas sont arrivés sans femmes car il s'agissait d'une expédition d'exploration et de conquête et non pas d'une tentative de colonisation. Ceux qui sont restés sur l'Île se sont mis en couple avec des Polynésiennes. Or ce sont les mères qui élèvent les enfants et leurs apprennent la langue, les enfants apprennent donc d'une manière toute naturelle la langue de la mère. D'autre part il fallait transiger avec les Polynésiens présents sur l'île dans une langue commune, la langue Polynésienne est donc devenue la langue dominante par la force des choses.

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Q.    "Enfin, dernier point, crucial, pourquoi ne pas procéder à des analyses génétiques ? Ce serait immédiatement évident puisqu'on a retrouvé dans le sang des habitants de l’Île de Pâques des traces basques apportées par le St-Elme autrefois, on devrait retrouver avec clarté, dans le sang des anciens de Rapa Nui, la preuve qu'il y a eu du sang mêlé sud-américain. Ce serait la preuve ultime, sérieuse, et imparable, d'une influence inca."

 

R.    Une étude génétique a effectivement été réalisée en 1994, époque à laquelle les chercheurs essayaient de déterminer si les Pascuans étaient de purs sud-américains ou de purs Polynésiens. Cette recherche a déterminé que les Pascuans possédaient un agencement de gênes typiquement polynésien (un marqueur), on en a donc conclu que les Pascuans étaient des Polynésiens. Est-ce une affaire classée ? Il semble bien que non.  Notre étude en cours, L'empreinte génétique, rétablira les faits.

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Q.    Pourquoi penser qu’il y ait pu avoir une influence sud-américaine sur certaines îles de la Polynésie orientale.

 

R.    Un peu partout à travers le monde, les îles proches d'un continent en ont subit les influences, cela est dans la logique des choses. Nous ne voyons pas pour quelles raisons les îles proches du continent sud-américain feraient exception à cette règle, en autant que les sud-américains avaient la capacité de naviguer en haute mer. D'après notre étude, L'empreinte des Incas, une influence culturelle sud-américaine semble effectivement s'être imposée sur les îles proches du continent sud-américain.

 

L'influence du continent asiatique a produit la colonisation des îles du Pacifique et a conduit notamment à l'émergence du peuple polynésien. Il s’agit là d’un parfait exemple de l’influence continentale sur les îles environnantes.   Les îles proches du continent sud-américain ont été le point de rencontre de ces deux influences continentales : asiatique (dont les Polynésiens sont issus) et sud-américaine. Pour cette raison on ne reconnaît pas le pur style culturel de l’un et de l’autre, ces deux cultures distinctes s'étant en quelque sorte amalgamées.

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Q.    Pourquoi continuez-vous a appeler les habitants de l'Île de Pâques des Pascuans, alors que ceux-ci se font appeler Rapanui ?

 

R.    Les habitants de l'Île de Pâques ont appelé leur Île "Rapa Nui" a une époque relativement récente, cela sonne plus polynésien et leur permet de créer une certaine distance avec la domination occidentale. Cependant, étant donné que ce ne sont pas seulement des Polynésiens qui ont habité l'Île à l'époque ancienne, mais aussi des Sud-Américains, et que les habitants actuels sont les descendants de ces premiers habitants, je préfère utiliser le terme "Pascuan" pour représenter cette réalité. Ce terme est en effet plus neutre et ne fait pas référence à un peuple en particulier, il veut tout simplement dire "habitant de l'Île de Pâques".

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Q.    Quelles raisons vous ont motivé à rechercher des solutions aux mystères de l'Île de Pâques ?

 

R.    Cet endroit mystérieux me captivait comme bien d'autres personnes. Lors de mes conférences occasionnelles, je répétais, comme tous les chercheurs, que cet endroit isolé avait était colonisé par des Polynésiens et que ceux-ci avaient connu sur cette Île un essor culturel phénoménal pour le moins inexplicable. Finalement, je me suis rendu compte que cette thèse ne fonctionnait pas car elle allait à l'encontre de nos postulats scientifiques à l'effet qu'une petite population isolée, vivant de manière précaire et régulièrement en conflit,  ne pouvait produire de grandes réalisations culturelles. De plus, l'histoire des Pascuans n'est pas très ancienne et nous connaissons quand même assez bien l'histoire et les vestiges des autres îles polynésiennes, alors pour quelles raisons n'arrivions nous pas à découvrir l'origine exact des Pascuans et de leur énigmatique culture. La réponse qui s'imposa à moi était que nous ne cherchions tout simplement pas à au bon endroit ! La culture énigmatique des Pascuans n'était peut-être pas polynésienne. 

 

 

 

 

À suivre ...