Ó Jean Hervé Daude

Qui étaient les géants de l'Île de Pâques ?

 

Les moaï avaient-ils la même fonction que les  "guauque"  chez les Incas

?

 

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Voici à ce propos quelques extraits du livre : 

Île de Pâques - L'empreinte des Incas

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Culte des morts et fonction des moaï

 

Les Pascuans interrogés par les premiers explorateurs ne purent fournir que très peu d'explications satisfaisantes sur la fonction que remplissaient les moaï et sur les cultes qui leur étaient rendus. Les Pascuans ont cependant mentionné que les moaï représentaient des ancêtres importants et qu'ils auraient été érigés dans les temps anciens par les habitants de l'Île.


Le Capitaine Cook a recueilli des informations à l'effet que plusieurs des noms de moaï se terminaient par le mot ariki, qui signifie " chef ". Routledge pensait aussi que les moaï étaient en général des représentations d'ancêtres importants, des chefs ou des Hommes-oiseaux.

 

Nous avons pu voir que Behrens a constaté que des Pascuans, qu'il pense être des prêtres, rendaient hommages aux moaï fréquemment, avec zèle et dévotion.


Métraux rapporte que les sculpteurs de pierres qui fabriquaient les moaï étaient organisés en une sorte de confrérie ou de guilde avec à sa tête un maître sculpteur. Ces sculpteurs constituaient une classe privilégiée hautement estimée, transmettant leur savoir de père en fils.

 

Tepano a, de plus, informé Métraux que les sculpteurs de pierre recevaient des commandes de la part de Pascuans voulant obtenir un moaï pour leur ahu. En échange, les sculpteurs étaient rétribués sous forme de dons de nourriture.

 

(...) 

 

D'après Geiseler, la fabrication des moaï aurait été l'œuvre de sculpteurs professionnels qui se consacraient entièrement à ce travail et auxquels les Pascuans vouaient un grand respect. Les sculpteurs étaient fort probablement exclusivement des Longues oreilles d'après Englert, mais aussi d'après Brown.

 

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Culte des morts chez les Incas

 

Les Incas croyaient aussi en un au-delà et à la vie après la mort et pensaient que leurs ancêtres pouvaient protéger les vivants, mais aussi qu'ils pouvaient aussi leur faire du tort.

 

Pour cette raison on prenait grands soins des morts : on plaçait leurs dépouilles dans les endroits prévus à cette fin, avec des vêtements, des objets de la vie quotidienne, des parures et des armes, pour qu'ils puissent s'en servir dans leur nouvelle existence.

 

Des statuettes représentant ceux qui devaient être leurs compagnons dans leur nouvelle vie pouvaient aussi être placées avec eux.

 

Tous ces soins dénotent un culte important des ancêtres. Les Incas pensaient en effet que les ancêtres :

 

" (…) peuvent encore protéger, secourir, inspirer leurs descendants, et aussi qu'ils pourraient leur faire du mal, si ces soins étaient négligés. Plus on s'élève sur l'échelle sociale, plus cette espèce de divinisation prend de grandes proportions, et les Incas après leur mort sont positivement déifiés."

 

 

Il est intéressant de faire le rapprochement entre ces pratiques funéraires incas et le résultat de fouilles effectué par Mulloy au tupa de Hiramoko, dont nous avons traité, celui-ci ayant trouvé plus de 80 artefacts dans le sol à cet endroit, dont une statuette en pierre. Routledge rapporte aussi que des artefacts étaient placés dans les pièces de tapa qui enroulaient le cadavre.

 

Sous l'empire inca, les funérailles et la sépulture des morts étaient d'une extrême importance. Aussi, ne pas assurer une sépulture décente à une personne décédée ou manquer de respect envers sa sépulture étaient puni plus sévèrement que le meurtre.

 

 

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Statues de personnages importants à l'époque des Incas

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Il pouvait aussi s'agir d'une statue de pierre. En effet, dans ces petits villages ou communautés appelées ayllu, les dignitaires incas :

" (…) avaient pour habitude de donner leurs noms à certaines pierres ou statues afin qu'elles fussent vénérées comme ils l'étaient eux-mêmes, de leur vivant et après leur mort. Et chaque ayllu ou lignage avait les idoles ou statues de ses Incas, qu'il emportait à la guerre ou sortait en procession, afin que l'eau et les pluies fussent en quantité suffisante. "

On faisait donc des fêtes et des sacrifices à ces statues pour obtenir d'eux la victoire à la guerre ou bien pour obtenir de la pluie.

Ainsi, tous les dignitaires incas pouvaient faire ériger une statue constituant leur double afin d'être honorés, non seulement de leur vivant, mais aussi afin que ce culte continue même après leur mort.

Contrairement au reste de la Polynésie où la statuaire de pierre représentait la plupart du temps des dieux, sur l'Île de Pâques les moaï représentaient essentiellement des ancêtres. Il nous semble de même fort probable qu'à l'Île de Pâques, les moaï remplissaient la même fonction que les guauque chez les Incas et que des personnages importants auraient eu le grand privilège de pouvoir se faire ériger un moaï en leur honneur afin d'être honorés de leur vivant, mais aussi après leur mort.

Aussi selon Heyerdahl, des notables pascuans passaient à des sculpteurs spécialisés dans cet art, une commande d'un moaï dédié à leur personne.

Il aurait pu s'agir de chefs de clans ou de chefs de clans devenus Hommes-oiseaux. Nous croyons aussi que cela aurait pu être le cas des grands prêtres, ce qui expliquerait la présence des quelques moaï de sexe féminin qui ont été retrouvés sur l'Île, puisqu'il semble qu'il y aurait eu effectivement des femmes prêtres sur l'Île.

Les femmes prêtres étaient très présentes dans l'empire inca. La Lune étant considérée de nature féminine, les Incas la représentaient par une statue de sexe féminin, et le culte lunaire était géré par des femmes prêtres. Ce sont elles aussi qui s'occupaient des offrandes et des soins à apporter à la statue.

Sur l'Île de Pâques, les Pascuans, à défaut de pouvoir vêtir leurs moaï de manière superbe, les auraient peut-être peints.

La croyance aux esprits et l'important culte des morts sur l'Île de Pâques proviendraient, selon nous, en grande partie des Incas, la même importance était accordée aux funérailles, aux os et aux crânes des ancêtres. La même importance était aussi accordée aux faits que les reliques des ancêtres avaient des effets bénéfiques pour les cultures et qu'elles pouvaient aussi protéger les vivants.

Nous croyons aussi que les moaï seraient des doubles ou guauque, tout comme cela se pratiquait chez les Incas. Les notables pascuans se les faisaient fabriquer pour qu'ils soient honorés comme eux, de leur vivant et aussi après leur mort.

Tout comme Métraux, nous pensons qu'il y aurait eu sur l'Île deux conceptions distinctes de la vie après la mort. La première conception semble très compatible avec la pensée polynésienne, la deuxième qui semble très différente aurait été incaïque. Ce qui ne nous étonne nullement puisque ces deux peuples auraient été présents sur l'Île de Pâques.