Comparaison entre 

les thèses traditionnelles

et la thèse de

L'empreinte des Incas

sur l'origine de la culture énigmatique de l'Île de Pâques

-----------------------------------

 

Les thèses traditionnelles

 

Argument no. 1

L'isolement de l'Île durant une longue période explique sa culture distincte du reste de la Polynésie

Si jadis, bien des hypothèses avaient été avancées quant à l’origine des habitants de l’Île, la thèse la plus largement répandue est à l'effet que les Pascuans rencontrés par les premiers navigateurs étaient d’origine polynésienne.

 

Or, beaucoup d’éléments sur l’Île ne trouvent pas d’équivalent en Polynésie, laissant croire à un développement unique et original; on explique traditionnellement la présence de ces traits culturels étrangers à la Polynésie par l’isolement extrême de l’Île du reste de la Polynésie elle-même, durant une longue période, ce qui aurait provoqué un essor culturel distinct du reste de la Polynésie.

   

Pourtant, certaines recherches relativement récentes démontrent que les Polynésiens ne seraient pas arrivés sur l’Île à une époque aussi ancienne qu’on le croyait et que les Polynésiens seraient arrivés sur l'Île vers 1200 à 1300, la colonisation n’aurait donc pas duré aussi longtemps qu’on l’avait initialement pensé.

 

De plus, l’Île de Pâques n’a peut-être pas été aussi isolée qu’on le pensait; bien qu’elle soit l’île la plus éloignée de tout autre lieu habité sur la planète, il semble très probable, d'après plusieurs traditions orales polynésiennes, que des contacts, au moins sporadiques, aient eu lieu entre les Pascuans et les autres Polynésiens.

 

Évidemment, si la colonisation polynésienne de l’Île de Pâques est beaucoup plus récente qu’on le croyait jusqu’à maintenant et que, durant cette colonisation, les Pascuans ont pu entretenir certains contacts avec le reste de la Polynésie, ce qui aurait dû contribuer à maintenir leur culture d'origine, l’argument selon lequel le long isolement des Pascuans suffirait à expliquer l’originalité de plusieurs éléments de leur culture par rapport à la culture polynésienne ne tient  plus.

 

L'argument du long isolement ne tenant plus, il ne peut donc expliquer la culture distincte de l'île de Pâques !

 

-----------------------------------

Argument no. 2

Les Polynésiens sont arrivée sur l'Île avec cette culture déjà bien établie

Si les Polynésiens étaient arrivés avec l'ensemble de leur culture sur l'Île de Pâques, celle-ci ayant été colonisée tardivement (entre l'an 1200 et 1300), on devrait vraisemblablement retrouver ailleurs en Polynésie des éléments culturels très semblables à ceux présents sur l'Île. 

 

Or tel n'est pas le cas.  

 

Il n’y a pas nulle part ailleurs en Polynésie d’exemple précis de cette culture et il faut dans certains cas aller en des endroits très différents l’un de l’autre et même en dehors de la Polynésie, comme en Mélanésie (où se situe la Nouvelle Guinée), pour obtenir de faibles parallèles avec certains éléments de la culture de l’Île de Pâques. Alfred Métraux lui-même n’était pas d’accord avec ces parallèles proposés par ses contemporains et les trouvaient quelques peu loufoques.

 

L'argument de l'arrivée des Polynésiens apportant avec eux les éléments de la culture connue sur l'île de Pâques ne tient pas non plus !

 

-----------------------------------

Argument no. 3

L'essor prodigieux de la culture de l'Île de Pâques est un cas spectaculaire d'exception

 

D'autres chercheurs ont suggéré que l'essor prodigieux de la culture de l'île de Pâques serait un spectaculaire cas d'exception dans l'aventure humaine. Ce développement culturel spectaculaire ne s'accorde cependant pas avec les principes scientifiques du développement culturel selon lequel il faut une grande population avec un pouvoir central fort et un laps de temps relativement long pour atteindre un essor culturel digne de ce nom.

 

En effet, comment en effet concevoir qu'un petit groupe humain ait pu, dans un laps de temps si court, soit environ 400 ans, développer une culture très différente de ce qu’on retrouve dans le reste de la Polynésie: un art impressionnant dans plusieurs domaines différents, tel la construction de monuments de conception ingénieuse (les maisons de pierre d'Orongo et les tupa), la taille, le déplacement et l'érection de grosses sculptures de pierre (les moaï et leur pukao), la sculpture d'une pierre très dure appellée andésite (pour certains moaï), le travail de l'obsidienne (ou verre volcanique), l'art des peintures rupestres (retrouvés dans des grottes, sur des moaï et des pétroglyphes), des rites religieux complexe et l'observation des astres, etc.

 

Par exemple, pour William Mulloy la culture de l'Île de Pâques aurait pour origine un petit groupe de Polynésiens, par la suite :

 

"Elle se serait ensuite développée dans un complet isolement, pour atteindre l'essor prodigieux qui l'a distinguée. Pour Mulloy, ce développement culturel mérite d'être qualifié de spectaculaire. En effet, il ne s'accorde pas avec le principe du développement culturel selon lequel un groupe aux dimensions restreintes et vivant en autarcie, n'est pas en état d'atteindre un pareil essor." 

 

(L’Île de Pâques : une énigme ?, Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles, Zaberndruck, Mainz am Rhein, Allemagne, 1990, traduisant le document suivant : Mulloy, William, Investigation and restauration of the ceremonial center of orongo, Easter Island; in Bulletin IV, New York 1975.).

 

 

À moins de vouloir aller à l'encontre de certaines données scientifiques, une toute autre explication s’impose !

 

-----------------------------------

L'empreinte des Incas

Dans son tout nouveau livre : Île de Pâques – L’empreinte des Incas, Jean Hervé Daude propose une nouvelle vision de l’histoire de l’Île de Pâques. En effet, d’une étude minutieuse comparant de nombreux éléments de la tradition orale de l’Île de Pâques à ceux de la tradition orale incaïque, ainsi que de l’étude comparative des monuments de l’Île de Pâques et ceux construits par les Incas, l’auteur fait nettement ressortir l’influence significative de la culture inca sur l’île de Pâques.

 

Ainsi plusieurs des mystères de l’Île de Pâques, concernant sa culture originale et ses réalisations fantastiques trouvent par l’entremise de cette étude une explication logique lorsque remis dans le contexte d’une influence culturelle incaïque significative.

 

Selon la tradition orale, Hotu Matua, considéré comme le premier roi Pascuan, serait arrivé sur l’Île de Pâques accompagné d’une centaine de personnes. Selon l’avis général, ces premiers Pascuans, d’origine polynésienne, auraient prospéré dans un long et extrême isolement pendant plusieurs centaines années, ce qui expliquerait le développement sur cette île d’une culture très différente du reste de la Polynésie.

 

Or, de récentes recherches démontrent que l’Île de Pâques a été colonisée par les premiers Polynésiens beaucoup plus récemment qu’on l’avançait auparavant, soit vers l’an 1200. De même, il y aurait aussi tout lieu de croire que durant cette colonisation l’Île de Pâques a été, au moins sporadiquement, en contact avec la population de certaines îles polynésiennes.

 

Ainsi, il serait difficile de soutenir qu’à l’Île de Pâques se serait développée une culture parfaitement originale si elle n’a pas connu le si long et extrême isolement qu’on lui supposait. Une autre explication s’impose donc. L’auteur croit que si cette culture s’est tellement différenciée de la culture polynésienne en un laps de temps très court, c’est qu’elle a subit un brusque contact avec une autre culture; la culture inca.

 

La culture inca aurait fort probablement été introduite sur l’Île lors du passage de l’Inca Tupac. En effet, celui-ci  ayant déjà conquis de nombreux territoires sur le continent et désirant explorer de nouveaux mondes, aurait pris la mer, vers l’an 1465, à bord d’une flotte constituée de radeaux de balsa ; embarcations très manœuvrables malgré leur apparence puisque munies de voiles et de dérives amovibles. Il aurait navigué avec une partie importante de son armée, accompagné notamment des Orejones : une troupe d’élite composée de membres de plusieurs tribus andines.  Ennoblis par l’Inca, ces Orejones avaient le grand privilège, tout comme l'Inca suprême, de porter un turban autour de la tête, le llautu, et de se laisser allonger les lobes des oreilles.

 

Durant ce voyage de moins d’un an, l’Inca Tupac serait allé à Mangareva, où il semble aussi avoir laissé certaines traces de la culture incaïque. Il serait ensuite allé à l’Île de Pâques et y aurait laissé un certain nombre d’Orejones.  

 

Les Orejones, par leur apparence, leur habillement et la supériorité de leur culture, ont dû très fortement impressionner les Pascuans, très probablement au point de passer, à leurs yeux, pour des êtres surnaturels. De plus, guerriers aguerris et disciplinés, ils n’ont certes pas dû avoir beaucoup de difficulté à imposer leur culture et leurs rites religieux.  

 

En effet, corps d’élite d’un peuple plus avancé technologiquement et culturellement, ces Orejones avaient reçu une formation très poussée sur un continent où une population nombreuse et un pouvoir central fort avaient permis de réaliser des ouvrages d’envergures en terme d’édifices et d’infrastructures. Dans l'empire inca, les Orejones, obligés de suivre un enseignement durant plusieurs années, étaient à la fine pointe de tous les aspects techniques et culturels de ce que la société inca avait produit en plusieurs centaines d’années de civilisation et de conquêtes des territoires voisins, notamment dans le domaine militaire, de la langue, de la religion, de l’histoire, de l’architecture, de la peinture, de l’agriculture, de la géométrie, de l’astronomie, etc.  

 

Ils seraient donc arrivés sur l’Île avec une expertise poussée, notamment en architecture monumentale. Ils connaissaient aussi très bien la sculpture la pierre dure, ou andésite, et le déplacement de lourdes charges. Tout porte à croire qu’on leur doit la vaste majorité des constructions monumentales de l’Île ; s’alliant les polynésiens présents sur l’Île, ils auraient ainsi été les maîtres d’œuvre des tupa, des ahu, des moaï et de leur pukao. Ils seraient aussi, sur l’Île de Pâques, à l’origine du travail de l'obsidienne, de l’observation des mouvements du Soleil, de la Lune et des étoiles, du culte de l’Homme-oiseau et de Makemake, l’utilisation de la peinture pour colorer les moaï et décorer des plafonds de grottes, les représentations totémiques d’animaux sud-américains sous forme de masques, de peintures rupestres ou de pétroglyphes, etc., tout cela ne peut pas être uniquement le résultat de contacts sporadiques avec l’Amérique du Sud; ces apports culturels impliquent une implantation sud-américaine sur une période de temps nécessairement longue.

 

Les Orejones de l’Inca Tupac et leurs descendants seraient donc, selon Jean Hervé Daude, à l’origine de l’essor phénoménal qui eut lieu sur l’Île de Pâques, et ce, dans une grande variété de domaines culturels et un très court laps de temps, de sorte qu’il semble bien qu’à l’Île de Pâques, la majeure partie de ce qui n’est pas d’origine typiquement polynésienne soit d’origine incaïque.

 

De toute évidence, les Pascuans d’origine polynésienne ont eu à composer avec la présence d’Incas sur leur Île. Ainsi, deux peuples se sont côtoyés sur l’Île : les « Petites oreilles », d’origine polynésienne, et les « Longues oreilles », d’origine inca. Il semble aussi bien évident que les Incas ont apporté avec eux leur religion, leurs rites et leurs totems d’animaux sur l’Île.

 

Par la suite l’Île de Pâques a connu un développement original. D’une part, les Polynésiens qui ont colonisé l’Île se sont rapidement distingués du reste de la Polynésie, modifiant ou adaptant leurs traditions culturelles et religieuses au contact des nouveaux arrivants, le culte de Makemake et celui de l’Homme-oiseau en étant des exemples typiques. D’autre part, les descendants des Incas, loin du pouvoir central imposé par l’Inca suprême, ont dû s’adapter aux conditions particulières de l’Île de Pâques.  

 

Au fil des ans les Incas et leurs descendants se mixant à la population locale, ont peu à peu perdu leurs caractéristiques incaïques. De même les Pascuans d’origine polynésienne et leurs descendants ont adopté, adapté et perpétué une bonne partie de la culture des Incas même après l’extermination des Longues oreilles.

 

Les Longues oreilles, après avoir été maîtres de l’Île pendant un certain temps, ont vu leur pouvoir s’effriter au fil des conflits culturels et politiques. Ces descendants des Incas perdirent leur aura de supériorité, jusqu’au jour fatidique où les Pascuans d’origine polynésienne ont repris le contrôle total de l’Île, ne laissant subsister que des vestiges incaïques :  

l’empreinte des Incas !