Ó Jean Hervé Daude

Histoire de l'Île de Pâques

 

Les principaux visiteurs et explorateurs de l'Île à travers les époques et les documents qui furent imprimés suite à ces visites et explorations

 

 

À la période de la Renaissance, les géographes avaient imaginé qu'un immense continent, la Terra australis incognita, aurait pu contrebalancer, dans l'hémisphère sud, la masse considérable des terres situées au nord de l'équateur. Bien des îles du Pacifique furent ainsi prises pour une partie de ce continent fabuleux. À la fin du XVIIe siècle, un flibustier du nom de Edward Davis, décrivit vaguement une île perdue au milieu du Pacifique dont les coordonnées qu'il en rapporta correspondaient approximativement à celles de l'Île de Pâques. Pour le monde occidental de l'époque, cette île annonçait probablement la proximité du fameux continent austral.

En 1721, le Néerlandais, Jacob Roggeveen, persuada la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales de constituer une flotte pour rechercher cette « terre de Davis ». Le jour de Pâques 1722, il découvrit une minuscule île montagneuse dépourvue d'arbre. Les habitants de cette île rendaient un culte à de gigantesques statues, elles étaient si grandes que  les Néerlandais pensèrent qu'il s'agissait de modelages de terre et de pierres.

L'Île de Pâques fut connue du monde occidental à partir de ce dimanche de Pâques 1722, Jacob Roggeveen lui ayant donné le nom d'Île de Pâques en l'occasion de ce jour saint. Les insulaires furent très surpris de cette première rencontre avec des Occidentaux. Les Néerlandais furent tout aussi surpris de découvrir une île habitée si éloignée et de surcroît garnie d'imposantes statues.

 



Plusieurs années plus tard, les Espagnols organisèrent, depuis leur base du Pérou, plusieurs expéditions dans le centre du Pacifique. En 1770 l'expédition du capitaine espagnol Don Felipe Gonzáles débarqua sur l'Île de Pâques.  Gonzáles fut donc le second visiteur à y avoir officiellement débarqué. À cette occasion, il  revendiqua l'Île pour le roi d'Espagne et fit signer un document à cet effet aux Pascuans, qui, à n'en pas douter, ne comprirent pas la teneur dudit document. Par la même occasion les espagnols plantèrent trois grandes croix au sommet de la péninsule de Poike. Aucune suite ne fut cependant jamais donnée à cette revendication territoriale. 

 



Au terme d'une exploration épuisante jusqu'aux glaces de l'antarctique, le capitaine James Cook, célèbre explorateur anglais, s'arrêta brièvement sur l'île en 1774. Quelques-uns de ses officiers et le naturaliste Forster décrivirent l'Île et ses habitants. Cook s'interrogea sur la capacité des habitants de cette île à fabriquer et ériger les grandes statues qui étaient encore debout lors de son passage.

 

En 1786, l'amiral et explorateur français, le comte de La Pérouse, passa une dizaine d'heures sur l'Île et des observations minutieuses furent effectuées durant ce court séjour. La Pérouse imagina que l'Île était autrefois boisée et que l'imprévoyance des hommes aurait provoqué la disparition de la forêt dans les temps anciens. Une baie sur la côte nord de l'Île fut nommée en son honneur.



Ces premiers visiteurs passèrent peu de temps sur l'Île, ils étaient seulement en quête d'eau, de bois et de nourriture. Comme l'île disposait de peu de ces ressources et qu'elle n'avait pas de mouillage sûr, ils ne s'y attardèrent pas longtemps. Certains d'entre eux remarquèrent que la terre semblait bien cultivée et les champs soigneusement délimités. Des observations ont aussi été faites concernant des maisons de forme inhabituelle et presque tous mentionnèrent le manque d'embarcations (à ce moment-là, il n'y avait plus de bois disponible sur l'île pour fabriquer des embarcations dignes de ce nom).

Les premiers contacts avec le monde occidental engendrèrent chez les insulaires la curiosité et le désir d'objets inconnus dans leur culture. Ils accueillirent donc les visiteurs avec empressement. Le comportement des Européens fut cependant parfois imprévisible et mortel. Ainsi en 1862, selon une pratique alors répandue en Océanie, des marchands d'esclaves capturèrent près d'un millier de Pascuans pour les vendre au Pérou. L'Île de Pâques fut la plus durement touchée parce que plus proche de la côte sud-américaine et donc la plus accessible. Une flotte de huit navires esclavagistes arriva à l'Île de Pâques en Décembre 1862 et leur équipage enleva environ le tiers de la population à cette occasion. L'opinion publique au Pérou et à l'étranger exprima une forte désapprobation face à ce commerce d'êtres humains. Le gouvernement français et certaines  sociétés missionnaires ajoutèrent leurs voix à ce mouvement de protestation. Convaincu que ce régime d'immigration forcé portait atteinte à la réputation du Pérou aux yeux du reste du monde, le Gouvernement péruvien annonça la fin de ce commerce de travailleurs esclaves.

Quelques survivants Pascuans furent alors rapatriés À bord du navire qui transportait ces Pascuans, la variole sévissait, seuls quinze Pascuans sur la centaine qui devaient être rapatriés étaient encore en vie lorsque le navire atteignit l'Île. Débarquant avec eux cette terrible maladie, les quinze Pascuans contaminèrent le reste de la population de l'Île, provoquant une véritable hécatombe.

En 1805, le bateau américain Nancy accosta l'Île. Son capitaine à la recherche de travailleurs enleva 22 hommes et femmes. Après plusieurs jours de navigation, les prisonniers furent relâchés sur le pont. Les hommes sautèrent immédiatement par dessus bord et il fut impossible de les rattraper. Il semble que la mort leur est apparue beaucoup moins pénible que la captivité. 

En 1864, à l'occasion du rapatriement de cinq rescapés pascuans, le frère Eugène Eyraud débarqua seul sur l'Île afin d'y apporter la bonne parole ; il parvint à y survivre pendant neuf mois, puis il fut rapatrié d'urgence. Il y retourna ensuite en 1866 et évangélisa une population alors  décimée par la variole et la tuberculose, de sorte qu'en 1868, tous les Pascuans étaient convertis au Catholicisme. 

 

 

En 1867, un capitaine de la marine française, Jean-Baptiste Onéxime Dutrou-Bornier, s'installa sur l'Île et acheta des terres en échange de quelques cadeaux sans valeurs pour y construire une maison. Ayant prit pour femme une descendante du dernier roi de l'Île de Pâques, il se proclama ensuite lui-même roi de l'Île. Peu de temps après, il entrava l'action des missionnaires qui furent contraints de fuir à Tahiti en 1871. Ils emmenèrent avec eux cent soixante-huit Pascuans, suivis en 1872 par deux cent quarante-sept autres. Deux cent trente personnes restèrent sur l'île ; il n'en resta plus que cent onze en 1877 lorsque Dutrou-Bornier mourut assassiné.

Roman historique

En 1868, J. Linton Palmer, arrivé à bord du HMS Topaze, visita l'Île . 

En 1872, le navire français La Flore, commandé par T. Lappelin, vint lui aussi effectuer une visite de l'Île. Ce navire transportait à son bord l'aspirant officier Julien Viaud. Celui-ci fit de superbes croquis de l'Île et assista à l'enlèvement d'une tête de moaï, dans le but de l'emporter à bord du bateau et de la ramener en France. Cette tête est maintenant exposée au Musée du Quai Branly à Paris. Julien Viaud sera connu beaucoup plus tard comme romancier sous le pseudonyme de Pierre Loti.

 

 

Le Lieutenant-Capitaine Geiseler débarque sur l'Île de Pâques en 1882

 

 

En 1886, le navire Mohican USS aborde l'Île avec à son bord le paymaster Thomson. 

 

Le premier navire chilien à avoir accosté l'Île fut le  Colo-Colo en 1837. Il se passa ensuite quarante années ans avant qu'ait lieu une autre visite officielle de la part du Chili. Pour diverses raisons, stratégiques, politiques et commerciales, le gouvernement chilien porta son attention sur cette petite île habitée du Pacifique Sud, mais non réclamée. Cette île se trouvait aussi, malgré son éloignement, la plus proche de son territoire. En 1888, un capitaine chilien, Policarpo Toro Hurtado, prit donc officiellement possession de l'Île au nom de la République du Chili.

Le gouvernement chilien manifesta au début peu d'intérêt pour le développement de l'île; elle fut louée et presque entièrement transformée en élevage de moutons. Tous les insulaires furent confinés à cette époque dans le petit village d'Hangaroa.  Un mur fut construit autour de ce village et il fut interdit aux insulaires de s'aventurer dans le reste de l'Île sans autorisation. 

La vie des habitants était si pénible à cette époque qu'ils se révoltèrent en 1914 contre les militaires chargés de maintenir l'ordre et les intérêts chilien sur l'Île. Les conditions de vie étaient très difficiles, les insulaires étaient privés de leurs terres et de l'accès à la quasi-totalité de l'eau potable, sans vêtements et souvent sans nourriture. Si un insulaire désespéré volait un mouton pour nourrir ses enfants affamés, il était expulsé vers le continent. La lèpre faisait aussi des ravages sur l'Île. En désespoir de cause, les Pascuans ont adressé une pétition au gouvernement chilien pour leur permettre d'émigrer en masse vers Tahiti. 

Présente sur l'Île en 1914-15, l'anthropologue britannique Katherine Routledge a pu observer ce soulèvement. Il semble que l'événement déclencheur de cette révolte aurait été un rêve fait par une vieille prophétesse pascuane nommée Angata. Celle-ci aurait rêvé que l'Île appartenait de nouveau aux insulaires et qu'une fête symbolique devait être célébrée à cette occasion. 

 

En 1935 le père Sebastien Englert s'installa sur l'Île. Il fut l'auteur de la  première étude complète des ahu et recueillit aussi plusieurs traditions orales encore connues des Pascuans. Il fut aussi l'auteur de plusieurs contributions majeures concernant la langue des Pascuans, dont un dictionnaire de traduction et une grammaire de la langue pascuane.

 

 

L'expédition Franco-Belge arriva sur l'Île en 1934-35, Alfred Métraux et  Henri Lavachery en faisaient partis. Métraux recueillit la majeure partie des traditions qui existaient encore à l'époque, ainsi qu'une grande quantité d'informations sur la culture des Pascuans. Lavachery se concentra surtout sur les aspects artistiques de la culture pascuane. Leurs livres sont encore aujourd'hui des ouvrages de référence fiables et incontournables pour prendre connaissance du passé de l'Île

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Voulant échapper à leurs piètres conditions de vie, certains Pascuans ont entrepris de fuir vers d'autres îles. Ainsi, en 1954, trois hommes se sont échappés dans un petit bateau de pêche. Ils avaient planifié leur fuite en cachant de la nourriture et de l'eau à divers endroits autour de l'Île. Quand tout fut prêt, ils partirent discrètement. Vingt-neuf jours plus tard, presque morts de soif, ils  arrivèrent à un atoll des Tuamotu, à plus de 3400 km de distance de l'Île de Pâques. Suivant cet exemple, d'autres Pascuans entreprirent aussi de fuir, mais tous ne furent pas aussi chanceux et plusieurs périrent en cours de route.

 

 

En 1955, une expédition norvégienne vint explorer l'Île. Elle fut la première à opérer des fouilles de manière scientifique et à tenter d'obtenir des dates de référence pour les différents sites de l'Île. L'expédition était dirigée par Thor Heyerdahl, qui, auparavant, était  parti du Pérou en radeau à travers le Pacifique. Cette fameuse expédition appelée Kon Tiki avait finalement atteint les îles Tuamotu, près des îles Marquises. 

 

 

En 1963, Francis Mazières, membre d'une expédition française, vint explorer l'île.

 

En 1964, une expédition médicale canadienne (Metei) s'installa sur l'Île pour plusieurs mois. Elle arriva au moment même où une nouvelle révolte des Pascuans se préparait. En effet, à cette époque, certains habitants de l'Île avaient eu la chance de pouvoir aller sur le continent et d'y recevoir une éducation. De retour chez eux, ils se plaignirent amèrement des règles de gestion de l'Île par la Marine chilienne, des restrictions au niveau des déplacements, de la suppression de leur langue d'origine, du travail non rémunéré, de l'incapacité de voter et des décisions arbitraires qu'on leurs imposaient régulièrement. Un Pascuan du nom d'Alfonso Rapu, était à la tête de ce mouvement de mécontentement.

Grâce aux membres de l'expédition canadienne, les nouvelles de l'agitation politique atteignirent le monde extérieur.  Peu de temps après, une élection eu lieu sur l'Île et Rapu la remporta haut la main. Les années qui suivirent ces affrontements entre les habitants de l'Île et les militaires chiliens furent suivis d'une paix relativement fragile.

 

En 1967, l'aérodrome de Mataveri fut achevé et les vols commerciaux purent commencer. Cet aérodrome est situé juste au sud du petit village de Hanga roa. À cette époque, environ neuf heures de vol étaient nécessaires pour se rendre de  Santiago jusqu'à l'Île de Pâques. En 1968, cette route aérienne fut étendue jusqu'à Tahiti. Ces vols réguliers vers le monde extérieur ont amené des changements importants sur le mode de vie des habitants de l'Île. 

La piste d'atterrissage de l'Île de Pâques a été allongée pour pouvoir servir de piste d'atterrissage d'urgence pour la navette spatiale américaine, en faisant ainsi la plus longue piste de toute la Polynésie

 

 

À suivre ...