Ó Jean Hervé Daude

Histoire de l'Île de Pâques

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L'opinion largement répandue sur son histoire est-elle fondée ?

L'auteur répond aux questions en fonction de ses propres études sur l'Île de Pâques, ses réponses peuvent donc, dans certains cas, grandement différer de l'opinion généralement véhiculée sur d'autres sites.

 

L'île de Pâques est l'île habitée la plus isolée des autres endroits habités. En effet, l'île habitée la plus proche, la minuscule Pitcairn, est située à plus de 1900 km à l'ouest, l'Amérique du Sud est à 4000 km à l'est et la Polynésie française à plus de 3000 km vers l'ouest.

Pour plusieurs chercheurs et auteurs, cet isolement serait l'un des facteurs clé qui aurait provoqué l'émergence de la culture originale qui s'est développée sur cette île. Or, dans l'histoire de l'humanité une petite population isolée n'a jamais, au grand jamais, produit une culture évoluée comprenant l'élaboration de monuments grandioses, d'un système d'écriture et de rites complexes, de l'utilisation de la peinture et de la taille de la pierre dure, etc., le tout dans un laps de temps très court. Il s'agirait là d'un cas exceptionnel allant à l'encontre de toutes nos données scientifiques.

Tout au contraire, des civilisations populeuses dotées d'un pouvoir central fort ont élaboré des cultures complexes. Le besoin de se protéger contre les envahisseurs, le désir de prestige de leurs dirigeants, le besoin de communiquer des directives aux quatre coins de l'empire et de transmettre les connaissances et les traditions aux générations suivantes pour que l'empire se perpétue, toutes ces motivations prenant appui sur une main d'œuvre disponible à profusion, dont une partie très spécialisée à la solde de l'état, a permis l'émergence de cultures complexes et élaborées.

Une partie de la culture des habitants de l'île de Pâques, dont la langue et certaines coutumes, nous indique que des Polynésiens ont colonisé l'île. Il semblerait que les colons d'origine provenaient soit des îles Marquises ou de Mangareva. Comme dans la plupart de leurs colonisations ou expéditions, les Polynésiens emportaient avec eux des outils, des graines ou pousses de plantes et arbres, indispensables à leur survie. Bien que subissant un climat plus frais et ne possédant pas de rivière, l'île offrait une forêt abondante, des ressources alimentaires suffisantes et l'eau douce s'accumulait dans les anciens cratères des volcans. 

On attribue de façon générale la construction des maisons de pierre, des ahu et des énormes statues sculptées en pierre de lave aux ancêtres des Polynésiens présents sur l'île au moment de sa découverte, et ceci, bien que la tradition orale de l'île mentionne une version toute différente. La tradition orale mentionne en effet que l'arrivée d'un deuxième peuple a favorisé l'émergence du travail de la pierre sur l'île.

La société pascuane était dirigée par un chef au pouvoir spirituel, détenant le mana, le Ariki Mau, ou grand chef. La position de Ariki était héréditaire. Il était considéré comme un descendant direct des dieux. À l'île de Pâques, la société était divisée en mata (clans) associés à des endroits particuliers de l'île. L'Île était cependant séparée en deux grandes divisions territoriales qui étaient toujours en perpétuelle compétition, lorsqu'elles n'étaient pas tout simplement en conflit ou en guerre.

Des artisans étaient regroupés en espèce de confrérie, ces spécialistes auraient sculpté les célèbres statues ou moaï. Ces moaï n'ont donc pas été sculptés par des esclaves ou des travailleurs sous la contrainte, mais bien par des maîtres artisans reconnues pour leurs compétences.

Une opinion généralement admise est aussi à l'effet que sous l'augmentation du nombre de statues, le bois nécessaire à leur transport est devenu rare. Cette situation aurait eu comme conséquence que les pirogues ne pouvaient plus être construites, limitant du même coup la pêche hauturière. Sans pirogues, les Pascuans ne pouvaient pplus partir vers d'autres îles. Les Pascuans se seraient retrouvés piégés dans un environnement dégradé. Pourtant, la tradition orale mentionne spécifiquement des modes de transport pour les statues qui n'utilisaient pas de bois ou très peu; à l'aide de pierres arrondies et de substances glissantes.

Une autre opinion généralement admise est qu'une classe de puissants guerriers, les matato'a,  serait apparue pour remplacer le pouvoir du Ariki Mau qui s'effritait. Or, la tradition polynésienne est à l'effet que le Ariki Mau n'avait pas de pouvoir politique comme tel, mais seulement un pouvoir spirituel. Des petits chefs locaux se livraient souvent des guerres dans lesquelles le Ariki Mau n'intervenait jamais. Ce genre de situation est bien rapporté en ce qui concerne, entre autres, l'archipel des Gambier.

 

À suivre .......................